Sociogenèse : les chaînes d’interdépendances

Il y a aujourd’hui de puissants courants de pensée qui considèrent que les sociétés sont faites d’individus indépendants, chacun pouvant exercer sa rationalité pour accomplir sa vie. Devant un amas de pierres, empilées au hasard, pouvons-nous avoir l’idée d’un bâtiment ?. En clair, les propriétés du bâtiment ne sont pas toutes comprises dans celles de ses matériaux constitutifs, de la même façon que les caractéristiques de la société ne sont pas seulement à rechercher chez les individus. Il y a quelque chose de plus qui survient, une émergence, des propriétés d’agencements inédits, des structurations sociales évolutives (par analogie).
Nous allons ici introduire le concept de chaîne d’interdépendances, afin de pouvoir analyser les évolutions sociales, dans la profondeur du temps, révéler des capacités qui se construisent, ce qu’elles produisent, jusqu’au prochain effondrement du système, qui permettra la naissance d’une configuration nouvelle. Le sociologue Norbert Elias, a introduit les figurations sociales évolutives, que l’on peut facilement concevoir si l’on cherche à suivre la structuration sociale, d’un village néolithique, d’une cité-état comme Athènes, puis d’un empire comme celui constitué par Rome. Mais qu’est ce qu’une figuration ? Un assemblement d’individus, avec leurs connaissances, croyances et aspirations ou la somme des relations qu’ils composent entre eux (un réseau) et qui peuvent se complexifier dans le temps ? Bien évidemment c’est la vision relationnelle de la société qui va nous intéresser, tout au long des thèmes qui suivront et des pages qui les composent.
Cependant, il faut garder l’avertissement suivant en tête : quand nous portons notre regard sur le monde antique, d’Athènes à Rome, il faut se départir de notre manière actuelle d’aborder le monde social, avec un vocabulaire et un bagage conceptuel qui s’est accumulé sur plus de 2000 ans et dont les anciens ne disposaient pas. De plus, contrairement aux anciens, nous en connaissons l’issue. Prenons un exemple : quand les humains ont découvert les premiers moyens pour fondre les métaux, ils ne disposaient même pas de vocabulaire pour leur acte, ils ne pouvaient que l’inventer au fur et à mesure de la stabilisation des idées et concepts, au travers de leur expérience, ne serait-ce que pour constituer un savoir, puis le transmettre. Pouvaient-ils avoir une idée de ce que la transition de l’Age du bronze pourrait apporter ? Il nous est facile à nous de faire l’histoire de la métallurgie, armés de connaissances séculaires, en plus du tableau périodique des éléments, avec leurs structures atomiques et leur propriétés réactives.
Les membres d’un village néolithique, une figuration sociale simple, constituent une chaîne d’interdépendances simple. En revanche, avec l’apparition des villes comme mode d’occupation de l’espace, bien de nouvelles fonctions peuvent se différentier, acquérir une existence propre (pensez aux métiers artisanaux, p.ex.), composant ainsi de nouvelles relations. D’une société simple, peu hiérarchisée et basée sur des moyens de subsistance, on passe à une société plus stratifiée et différentiée, une chaîne d’interdépendance plus longue et ramifiée. Mais, comment et pourquoi ?

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