La fragmentation des chaînes d’interdépendances : le cas du Moyen-Age

L’empire romain, au moins dans sa partie ouest (européenne), s’est effondré au 4ème siècle de notre ère. Ceci a signé la fragmentation de la chaîne d’interdépendances, avec émergence d’unités sociales plus petites, centrés sur les domaines que l’on qualifiera de féodaux et sous le pouvoir de seigneurs de guerre. Le corps social se restructure. Une lutte pour le monopole s’installe, entre maisons guerrières, face au dilemme : dominer sur les autres ou se soumettre à plus fort que soi.
Il nous est difficile d’apprécier ces luttes récurrentes, alors que l’on nous enseigne l’histoire comme un processus simple et monotone, où prédominent les figures marquantes, qui en seraient les principaux acteurs. Ainsi, sur l’ancien territoire des francs, Louis VI, représentant précoce de la famille des Capétiens et à ce titre portant le titre de roi (de France), ne disposait que du territoire du duché de France, s’étendant, en gros et à part quelques petites enclaves, de Senlis à Orléans et comprenant l’Ile-de-France. Et encore, il lui fallu se battre pendant des années contre la concurrence interne, par exemple, contre la maison de Montlhéry qui contrôlait la voie stratégique d’accès entre Paris et Orléans. Au fur et à mesure de l’extension du pouvoir de certaines maisons, les plus petites étaient forcées de se rallier aux dominantes, plutôt que de subir les conséquences d’une défaite au champ de bataille. En ce début du XIIème siècle, la Maison des Capétiens a du mal à se distinguer des autres unités sociales contemporaines et rien ne présageait de sa destinée.
Finalement, il n’y avait que deux moyens principaux pour étendre la domination, la guerre et les alliances, qui comprennent les mariages croisés. Cependant, il y avait toujours un risque de fragmentation, par le biais des apanages, c’est-à-dire la cession de domaines à des membres cadets de la famille, qui pouvaient se retourner plus tard contre le seigneur dominant (des concurrents potentiels). Par le biais de la concurrence, le pouvoir ou l’autonomie des comtés, duchés, etc. se réduisit progressivement (nous faisons ici un saut temporel de plus de deux siècles), pour laisser la place à la lutte fratricide entre les deux principales Maisons, issues du processus de monopolisation. Les Capétiens [1], rois de France et les Plantagenets, rois d’Angleterre, vont s’affronter pendant plus de 100 ans, à cheval sur les XIV et XV siècles. Il ne faut pas oublier l’origine normande des rois d’Angleterre [2] et le fait que le territoire insulaire qu’ils avaient conquis, était plus difficilement extensible, par rapport aux possibilités offertes sur le continent. En définitif, à la fin de la guerre de 100 ans, en 1453, le royaume de France couvrait une bonne partie de la France actuelle, alors que les rois d’Angleterre se sont repliés sur le territoire insulaire, après les conquêtes successives du Pays de Galles et, plus tard, de l’Ecosse. Cependant, le pouvoir des rois est loin d’être encore absolu.

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Notes

[1Représentés désormais par la famille des Valois, dont les membres n’étaient pas des descendants directs du fondateur de la dynastie

[2Guillaume le conquérant, qui a procédé à l’annexion, était simple duc de Normandie

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