Des forces centripètes et des forces centrifuges

L’évolution de chaque système social est soumise à des forces motrices ou à d’autres qui le déstabilisent. Nous pouvons poser comme force centripète la tendance à la monopolisation, d’abord du pouvoir de contrainte, de la violence physique et symbolique et de la levée de l’impôt, indispensables pour assurer l’administration et donc la pérennité du régime. Avec l’extension des territoires et l’augmentation de la population (sans oublier la spécialisation), les besoins de l’administration deviennent de plus en plus importants. Ces fonctions seront occupées par des civils, ils prendront bien plus tard le nom de fonctionnaires, organisés de plus en plus en appareils et dépendants de la puissance centrale.
La concurrence continue entre les dépendants, d’où les besoins de régulation, pour assurer la stabilité et la prospérité des monopoles. La pacification forcée, dans les mains du pouvoir central, fait que nul ne peut se faire justice soi-même. La justice est sous la seule responsabilité du souverain. Les besoins pour le maintien des appareils administratifs centraux ne feront que croitre, nécessitant de lever de plus en plus d’impôts, ce qui n’est pas sans susciter des oppositions, pouvant agir comme des éléments déstabilisant le système.
Si le seigneur féodal (ou sa Maison), possesseur des terres et de l’autorité sur son domaine, peut être assimilé à un propriétaire privé, dont le pouvoir dépend de ses richesses et son potentiel militaire, plus tard, le pouvoir du Roi, exerçant sa domination sur un vaste territoire, devient de plus en plus socialisé, c’est-à-dire dépendant de l’observance des lois et normes par l’ensemble des acteurs, de plus en plus diversifiés. Les plus faibles peuvent toujours se liguer contre le pouvoir central, résister à la collecte de l’impôt, des forces centrifuges en quelque sorte. Les seigneurs, ducs, comtes ou barons, ne seront pas des soumis inconditionnels.
D’autres forces centrifuges existent aux frontières du royaume, potentiellement convoitées par des rivaux des monopoles voisins. L’effort de guerre et de conquête persistera. Toute mauvaise fortune du Roi, deviendra l’occasion de contester son pouvoir, y compris en interne, mouvements qui peuvent conduire à des réformes sociales, comme avec la promulgation de la Magna Carta, en 1215, en Angleterre. Celle-ci fut arrachée par les barons du royaume à la suite de défaites répétées du Roi sur le continent. Même si elle a eu, au début, une existence incertaine, le contrôle de la politique fiscale par un Grand conseil fut instauré et des réformes successives vont suivre, comme l’égalité universelle devant la loi ou le droit pour tous à un procès équitable, des avancées sociales majeures qui modifient le champ de forces, la qualité des relations entre groupes sociaux. La Fronde [1], au milieu du XVIIème siècle, alors que Louis XIV était mineur et le gouvernement assuré par Mazarin, en fourni un autre exemple, plutôt avorté. Son premier acte est une déclaration, au Parlement de Paris, qui cherchait à limiter les pouvoirs royaux.

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Notes

[1Deux Frondes successives, en fait, une parlementaire et l’autre menée par des princes

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