Des institutions, des coutumes et des mœurs

Nous avons évoqué de manière synthétique les forces centrifuges qui peuvent déstabiliser une unité sociale monopolistique. En somme, tant que des concurrents puissants existent sur le territoire, ils représentent une menace potentielle à son unité et son développement. Une institution prendra son essor avec l’accroissement des pouvoirs royaux, elle sera nommée la cour, sous-entendu royale. Par institution, on comprend naïvement des structures formalisées, comme l’éducation ou la justice. En réalité, le terme recouvre une signification bien plus générale. Une case à palabres est une institution. Durkheim les définit comme « toutes les croyances et tous les modes de conduite institués par la collectivité ». On peut alors saisir leur rôle dans le maintien d’un certain « ordre » social, qui est lui-même instable, soumis à des forces multiples.
Autant on peut comprendre que le Roi veuille réunir ses rivaux potentiels près de lui (pour les surveiller dira-t-on), pourquoi les seigneurs subalternes accepteraient de se réunir régulièrement au palais ? D’abord, la proximité du pouvoir offrait des accès, la possibilité de concourir pour les faveurs du souverain (l’absence serait signe de défiance). Ils pouvaient y rencontrer tous ceux qui comptaient dans le royaume, s’informer, voire intriguer. Ne pas se prêter au jeu n’était pas une option.
La cour ne doit pas être seulement considérée sous l’angle du pouvoir et c’est sous ses autres aspects que nous comprendrons la portée de la transition qu’elle a rendue possible. Dès ses premiers moments, la question de l’étiquette, comme ensemble de règles de vie et comportements en société que la cour imposera, nous fait imaginer l’impact qu’il y a eu sur les manières, y compris à table (un raffinement [1]), ou ses codes vestimentaires qui font voir son influence, en particulier, sur les critères esthétiques. Un nouveau substantif synthétisera ce profond changement de mœurs, la courtoisie, dont le sens contemporain ne donne à voir que partiellement l’évolution des manières et comportements de l’époque. La société de cour impose ces nouveaux signes distinctifs sociaux, propres à la noblesse de son temps et en opposition aux mœurs féodaux, plus « rustiques et belliqueux ». Un peu plus tard, la montée en puissance de la classe bourgeoise, nécessitera l’invention d’un autre substantif, caractéristique distinctive de leur mode de comportement, il s’agira de la civilité.
Ce qu’il faut surtout retenir est que les normes sociales n’émergent pas par la simple volonté d’un individu, aussi puissant soit-il, elles ne se décrètent pas. Elles évoluent grâce à la constitution d’institutions, plus ou moins formalisées, qui doivent assurer le respect des normes, un processus progressif, dont l’issue est loin d’être garantie et qui suit autant qu’il influence le changement de mœurs, dans une relation réciproque. La cour de Louis XIV sera la plus grande jamais constituée, en parallèle à la concentration des pouvoirs absolus dans les mains du roi et servira de modèle aux autres cours royales européennes.

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Notes

[1Sans oublier la symbolique portée par l’usage de nouvelles formes d’ « instruments », fourchettes et couteaux remplaçant le poignard et les mains des seigneurs féodaux

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