L’Economie contre la Société

Division du travail ou spécialisation/différentiation ?

Certains auteurs ne font pas de différence entre les deux concepts et parlent indistinctement de division du travail ou de spécialisation. J’adopterai ici la distinction proposée par Hannah Arendt (cf. références à la fin du cours). La division du travail consiste à pouvoir additionner les forces brutes de travail, pour accomplir une tâche nouvelle. Ceux qui s’y trouvent impliqués, n’ont pas d’existence propre reconnue. La réalisation des grands travaux, fortifications, palais ou monuments, nécessitait la mobilisation d’une force de travail, mais d’humains que nous pourrions qualifier de génériques, interchangeables. Il s’agit, pour eux, d’un travail (un labeur en fait) pour la satisfaction des besoins fondamentaux, la subsistance, une existence pas très différente de la condition de survie animale, celle de l’Animal laborans.
Or, la différentiation conduit à de nouvelles fonctions, y compris productives [1]. Alors que les conditions de subsistance nécessitent la consommation quasi immédiate de ce qui est produit, les humains commencent à fabriquer de plus en plus d’artéfacts, des produits correspondant à des usages et donc pouvant avoir une certaine permanence [2]. Nous pouvons parler d’Homo faber, dont les aptitudes, le talent propre, se retrouve dans les objets fabriqués [3]. Ceci se ressent encore aujourd’hui quand nous admirons le travail artisanal, le fait main, par rapport au caractère impersonnel des équivalents, produits en série. Il en est de même de tous les objets, décoratifs ou fonctionnels, présents dans nos environnements de vie. Mais, qu’apporte ces artéfacts, par rapport au développement humain ou, si vous voulez notre bien-être ? Nous pourrions répondre que la relative permanence de ces objets, offre une impression de stabilité de ces environnements de vie, créés par les humains, une sensation rassurante de sécurité et de familiarité.
Pour revenir brièvement à la période actuelle, quand nous parlons d’émancipation par le travail, nous ne pouvons sûrement nous référer à la condition de l’Animal laborans, qui est aussi celle de l’esclave. Voyons alors ce qui se passe avec la révolution industrielle, la massification de la production, qui devait rencontrer une consommation sans cesse croissante et qui a été aussi alimentée par le virage capitaliste (pour que le capital fructifie, il faut trouver des occasions de l’investir). Cette extension à l’infini de la consommation, devait s’accorder à la possibilité (nouvelle), elle même sans fin, d’accumuler des richesses. Les besoins économiques, avec une productivité accrue et des objets qui devaient être consommés aussitôt produits, ont conféré un caractère éphémère à ceux-ci, l’obsolescence programmée n’étant que le dernier avatar d’un long enchainement de modifications sur le plan social et économique, sous les impératifs de la sacro-sainte croissance. Nous donnons, facilement, à la période actuelle, sans en préciser le point de départ, le qualificatif de société de consommation. L’externalité représentée par les déchets, connaît aussi une accélération.

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Notes

[1Nous avons précisé qu’elles sont génératrices d’interdépendances

[2Cette relative permanence était nécessaire, tant à John Locke, pour établir la propriété, qu’Adam Smith pour la richesse (comme je l’ai dit plus haut), deux biens qui ne disparaissent pas par une consommation

[3Ce serait le philosophe Henri Bergson qui l’utilisa en premier

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