Une Révolution dans les têtes

La révolution scientifique ou le grand bouleversement

Le caractère un peu aseptisé du récit historique conventionnel ne permet pas de comprendre l’extraordinaire portée de la démonstration de Galilée, comme un moment fondateur [1] de l’aventure, que nous qualifions de scientifique [2]. Si Galilée a tranché la vieille dispute entre conceptions héliocentrique et géocentrique, c’est un instrument, le télescope, un artefact fabriqué par des humains qui lui en a fournit le moyen. Jusqu’alors, l’accès à la connaissance ne pouvait se faire que de deux façons, que je résumerai brièvement : penser les problèmes pour élaborer des théories [3] ou reposer sur notre expérience sensible, les indices issus de nos sens étant notre seul moyen d’aborder le Monde. Cette opposition, entre monde intelligible (les idées pures) et monde sensible, était déjà présente entre Platon et son disciple, Aristote et, en partie, persistera à travers les siècles, s’exprimant en France par Descartes (philosophe du sujet [4]) versus, en Angleterre, Francis Bacon (un empiriste), deux quasi-contemporains, au milieu du XVIIème. Les instruments seront centraux dans cette nouvelle aventure et l’enquête empirique sera intégrée dans la méthode scientifique.
Pourtant, les anciens grecs avaient déjà distingué, les notions de savoir-faire, la Techné [5], sens premier de l’Art, de l’Epistémé [6] ou savoirs théoriques. Archimède, pendant l’antiquité tardive, fera des découvertes remarquables, la poussée de l’eau, l’effet levier, ou des inventions, comme la vis hélicoïdale. Les connaissances de l’astronomie étaient déjà très sophistiquées au IIème siècle AC (voir ici sur Le mécanisme d’Anticythère). Des progrès dans les mathématiques et dans la capacité à représenter [7], mais aussi les besoins sans cesse croissants de sociétés de plus en plus complexes, vont y contribuer. La simultanéité, d’un côté de l’émergence du projet de l’autonomisation de l’humanité, dégagée de ses dépendances divines et capable de se doter de nouvelles règles de vie commune et, de l’autre, l’envie de constituer des connaissances, posées comme objectives et non issues de l’interprétation des textes sacrés, vont propulser la nouvelle trajectoire. Mais, ceci nécessitera la séparation de la Nature (domaine des Sciences naissantes [8]) de la Culture (les affaires des humains), que seule la pensée européenne a opéré.
Le nouveau projet ambitionnait de produire des connaissances objectives, indépendantes du contexte (et de l’observateur), basées sur la découverte de lois universelles. Il s’agissait de « reconstruire » notre Monde (une nouvelle cosmogonie), de manière formelle, avec des démonstrations et selon des procédures vérifiables et, de ce fait, réfutables grâce à de nouveaux travaux empiriques. Il entrainera la dépréciation de toutes les anciennes formes de savoir, attribués à une pensée non-scientifique. Pourtant, leur élaboration ne répond pas à la même logique, ni à la même finalité. Ils ne peuvent se comprendre en dehors des circonstances au sein desquelles ils ont été produits (voir ici, La controverse sur l’arrivée de la neige).

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Notes

[1In ne faut pas négligé qu’il a bénéficié des travaux de prédécesseurs illustres, comme Copernic et surtout Keppler

[2Stricto sensu, l’aventure scientifique démarre plutôt avec la publication par Isaac Newton, père de la physique, des Philosophiæ Naturalis Principia Mathematica, en 1687

[3Théorie dérive d’un verbe grec qui signifie contempler

[4Il inventa une nouvelle manière de théoriser

[5Dont dérive le terme de technique

[6Terme toujours utilisé pour signifier la Science

[7Pensez que la formalisation de la perspective, dans les représentations picturales, est attribuée à Alberti, au XVème siècle

[8Le terme Sciences de l’esprit persistera jusqu’à la fin du XIXème siècle, quand le terme Sciences de la Culture apparaît pour la première fois

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