Une Révolution dans les têtes

La Science et son influence sur notre pensée : le cas de la sécularisation

Pour comprendre le phénomène dont il sera question dans cette section, il nous faut laisser de côté la compréhension actuelle de ce qui est scientifique et la place (naturelle) qu’elle occupe dans notre manière de raisonner. Socrate méprisait les mythes, qualifiant toutes les croyances qui en découlaient de superstitions, en essayant de leur substituer sa propre méthode basée sur le raisonnement [1]. De longs siècles s’écouleront avant que, dans les dernières décennies du XIXème, des penseurs ne commencent à poser le constat d’une transformation de notre manière de penser, d’interagir avec le monde social ou naturel, une nouvelle conscience. A la fin du XIXème siècle, Emile Durkheim et Auguste Comte ont essayé de définir des états successifs de la société, où la pensée scientifique (le terme positive est utilisé par Comte), étape ultime, s’oppose aux phases précédentes, dominées par la pensée religieuse. C’est ainsi que nous en sommes venus à parler de Sécularisation, non des biens de l’Eglise, mais de la pensée des humains.
Cette sécularisation de la pensée est associée à une nouvelle façon de dériver les causes des phénomènes observés (d’où la place centrale de la Science), issues de la Nature elle-même et non d’une quelconque volonté divine, quelle que soit la divinité en question. Cependant, voyez encore la difficulté de concevoir un phénomène, comme tout ou rien, alors que le processus se développe à des rythmes divers et est toujours à l’œuvre (voir ici Une inondation, de volonté divine). Le fait que l’on se concentre sur l’opposition entre science et religion peut conduire à des erreurs et nous faire négliger que les monothéismes ont introduit de nouvelles conceptions sur la vie, y compris après la mort et, surtout, que chaque nouvelle religion emprunte des éléments aux systèmes de croyances passés. Des éléments, y compris d’origine païenne, persisteront comme des réflexes quasi-inconscients. Un Monde rempli de signes, destinés à nous aider à choisir le cours de notre vie [2], subsiste encore aujourd’hui, à des degrés divers.
Ce qui entraine la sécularisation de la pensée, à moyen et à long terme, est notre éducation, qui commence par l’alphabétisation. L’histoire de cette dernière est très instructive et révèle des influences, par exemple de la religion ou des structures familiales, comme fond anthropologique (voir aussi : Protestantisme et alphabétisation, des (...)), Il est utile, pour la mettre en perspective, de se rappeler qu’avant la première guerre mondiale, en France, quelques 7000 bacheliers et moins de 1000 bachelières, sortaient annuellement du système éducatif, en comparaison aux 800 000, garçons et filles d’aujourd’hui. Le phénomène s’accélère avec le temps et, pourtant : l’astrologie, au travers des multiples horoscopes que les médias proposent toujours, des croyances que d’autres qualifieraient de superstitions, restent populaires, comme des automatismes (on les retrouve dans les dictons et proverbes) et les paris connaissent un bond à chaque vendredi 13. En définitif, il y a de fortes disparités dans la sécularisation, en fonction du statut social, entre villes et campagnes, entre le Nord et le Sud, où il y a des différences marquées, entre les petites classes moyennes et le gros de la population, avec de fortes interférences, par exemple du fait de la colonisation [3] ou, en des temps plus récents, avec l’accès instantané à l’information, apporté par l’internet.

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Notes

[1La notion de rationalité n’existait pas encore

[2Même Socrate avouait avoir un daemon, une voix interne qui le guidait

[3Une introduction violente de nouvelles règles dans le jeu social, exogènes

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