La controverse sur l’arrivée de la neige

L’épisode dont il est question ici se passe lors d’un colloque qui réunissait des scientifiques occidentaux, spécialistes du climat et des éleveurs de rennes, en Sibérie, appartenant à l’ethnie Evenk. Les Evenks ont mis en avant le raccourcissement de la saison de la neige. Or, d’après les scientifiques occidentaux, la neige apparaitrait bien plus précocement, ce que les Evenks contestaient.
Je ne sais qui a eu l’idée que le désaccord était dû au fait qu’ils ne parlaient pas de la même chose, mais l’origine de la différence allait se révéler elle-même instructive.
Pour la majorité d’entre nous et comme pour les scientifiques, nous parlons de neige à l’apparition de flocons dans le ciel, que nous attribuons à des impacts de très basses températures, en haute atmosphère, sur les nuages qui les traversent. En somme, la neige est bien symbolisée par le flocon, distinct du grêlon ou de la goutte de pluie, plutôt en référence à des manifestations naturelles, génériques.
Je rappelle que les Evenk sont des éleveurs de rennes en Sibérie et qu’une bonne partie de leur cycle annuel ils doivent déplacer les troupeaux, entre pâturages enneigés. Pour eux la neige n’a de sens que comme un couvert blanc sur le sol, celui qui masque l’herbe dont se nourrissent les rennes, pas juste des flocons qui ne tiennent pas sur le sol. La controverse était résolue, mais ce qui m’intéresse est la raison de cette différence.
La caractéristique même de la Science est de s’intéresser aux phénomènes universels, avant de passer à des détails de portée plus locale (des variations). La description formelle, théorique, vise les mécanismes, qui eux sont peu dépendants du contexte (la pluie reste la pluie, quelque soit le lieu ou son intensité). Or, les savoirs indigènes n’ont qu’une visée pratique. La première couche de neige annonce la saison de la migration. J’espère que vous apercevez cette différence dans les projets et leurs finalités, qui distinguent, les savoirs formels de notre Science occidentale, des savoirs indigènes, indissociables des milieux et des modes de vie.
Nous négligeons aujourd’hui que le terme paganus (dont dérive paganisme et païen), désignait le paysan et que leurs rites et savoirs (païens) visaient la bonne maitrise des phénomènes naturels, susceptibles d’assurer, avant tout, une bonne récolte. Quand et où fallait-il semer, pour bénéficier des éléments (soleil, pluie, etc.), en respectant les cycles de la Nature ?

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