Et si on considérait la dimension symbolique de l’urbain ?

Dans la littérature sur l’urbanisme, nous trouvons des débats autour de ce qui différentie la notion de « space » (simple espace) de celle de « place » (lieu). La question (rarement posée en ces termes) peut être exprimée ainsi : comment un espace aménagé devient un lieu de vie ? Aménager une place peut entrer dans la logique de l’aménagement, du point de vue des fonctions de ce que nous avons appelé l’enveloppe et pourtant ne pas trouver son rôle de lieu de vie. Ceci découle de la conception fonctionnaliste, par stéréotypes, que portent certains urbanistes, sans jamais développer une compréhension de comment les habitants et les autres populations qui traversent un lieu, se l’approprie, nous dirons lui donne du sens.
Cette phase d’appropriation, de quête du sens, n’est-elle pas souvent occultée ou n’occupe que peu d’importance dans la conception des urbanistes ? Pour reprendre l’exemple de la place, nous pourrions penser à ce que représente une place de village, en tant que point de convergence. Combien de fois n’ai-je entendu des urbanistes dire que la création d’un espace public, lieu de rencontres, aller renforcer le lien social ! Dans mon expérience, il résulte plus de conflits d’usages que de cohésion sociale, car la notion d’usage bénéficie d’autant de compréhensions différentes qu’il y a de groupes sociaux, qui chacun poursuit ses propres buts, avec des priorités et valeurs différentes. Un autre exemple, classique en France, est illustré au travers de la délimitation de kilomètres de pistes cyclables, qui restent désespérément vides.
Le message de cette page est que sans disposer d’un début de compréhension de ce qui fait société, que nous croyons tous connaitre, peu ou prou, nous continuerons à aménager des espaces urbains qui peinent à devenir des lieux de vie et, de ce fait, ne seraient pas en mesure de soutenir ou d’améliorer le bien-être de ceux qui y vivent [1]. Alors, disposons nous des éléments nécessaires pour aborder le bien-être du citoyen dans son lieu de vie ? Allons-nous dépasser la vision qui consiste à imaginer ce que sont les besoins fondamentaux (et les autres ?) des populations, invitées à assister à des grandes messes de présentations (souvent trop techniques) et à donner leur avis, comme-ci elles pouvaient, en une soirée, s’approprier et imaginer ce qui les attend ? Nous ne sommes pas tous compétents pour lire et interpréter un plan, encore moins de se projeter de manière abstraite dans l’espace.
Afin d’exprimer le paradoxe auquel est confronté l’urbaniste aujourd’hui, réfléchissons à ce qui différentie un logement (notion neutre et indiquant l’accès à un toit) de celle du chez-soi (ma maison ou mon domicile, que chacun aménage à son image, ses croyances et valeurs). En anglais il s’exprime par la différence entre house et home. Nous retrouvons donc cette part, de nature symbolique, qui donne à nos lieux de vie du sens, une caractéristique humaine que je qualifierais de naturelle, mais qui prend bien des expressions culturelles différentes. Enfin, si les seules considérations techniques prévalent, nous ne soutiendrons qu’un urbanisme générique [2], sans âme et peu susceptible d’apporter du bien-être, face à la diversité d’aspirations et de préférences, toutes légitimes.

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Notes

[1Ce point nous occupera dans différents TD sur un urbanisme favorable au bien-être

[2C’est une tendance déjà largement à l’œuvre

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