Le risque une notion univoque ?

Après avoir fourni une définition du risque, dans la section qui en discute certains aspects, nous avons évoqué une série de difficultés rendant le risque plutôt ambigu, en tout cas dans le sens d’y faire face. Nous voudrions ici prolonger cette discussion, à partir d’un article de Paul Slovic, inventeur de la notion de perception du risque (La perception, notion particulièrement (...)). En effet, le principal argument est que le danger est réel, il peut occasionner des dommages, mais le risque est, lui-même, une construction sociale. En clair, l’évaluation des risques comporte une part subjective ou, si vous voulez des choix cachés, difficiles à découvrir par le public (Le public, terme qu’il faudrait problématiser) et, surtout, par ceux qui sont susceptibles d’en subir les conséquences.
On pourrait ainsi insister sur le fait que, quelle que soit la teneur des discours officiels, une méfiance s’est installée face à l’expertise officielle, ne serait-ce que par la découverte systématique que les arbitrages sont favorables aux producteurs de risque, selon une priorité accordée à l’économie et non à la santé publique. Ceci est en train de changer, dans une certaine mesure, tant sur le plan de la demande sociétale que des pratiques scientifiques, voire l’évolution de la réglementation, même si les institutions présentent une certaine inertie.
Nous sommes en plein dans le débat autour du principe de précaution, qui n’a rien de nouveau, mais dont la portée reste controversée, selon l’opposition inventée par les potentiels producteurs des risques, entre précaution et innovation. Cependant, dans le contexte de l’évaluation des risques, il faudrait éviter de se reposer sur des explications « culturalistes », c’est-à-dire opposer au public son incompétence ou son irrationalité, un préjugé très courant. Justement, le problème dépasse les considérations qui relèveraient de la seule Science, qui après tout ne dit que ce qui Est et non ce qui Devrait être, point évoqué déjà en introduction. La Science ne peut se transformer en propositions éthiques ou morales (même si elle peut informer les différentes positions), vieux débat philosophique qui ne cesse d’être réactivé [1].
Construire les conditions de rétablissement de la confiance (entre l’expertise et le public) est une obligation qui mérite toute notre attention et nécessite d’abandonner le positionnement en surplomb et les convictions réductrices à propos d’une certaine vérité, fusse-t-elle scientifique [2].

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Notes

[1Vous disposez dans la section Lectures parallèles d’un article sur les difficultés de l’interface Science et Décision, que vous pourriez parcourir

[2Nous aurons un débat sur ce sujet, pendant les TD

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