La santé revisitée

La santé, du lointain passé jusqu’ à l’aube de la modernité

Si je dis que, pour agir dans le sens de la santé, il faut disposer d’une compréhension des causes qui l’affectent, nul ne pourrait me contredire. Il n’est pas surprenant alors que le sens de la santé a changé avec le temps, connaissances et idéologies évolutives venant influencer les pratiques en sa faveur. Ici, dans le cadre d’un cours introductif, je resterai synthétique, sachant que vous disposerez de bien d’autres cours qui apporteront des illustrations et des précisions supplémentaires.
Les thèses hippocratiques représentent la première tentative de dégager des causes raisonnées et non reposant sur des influences divines ou mystiques. Si nous nous référons à l’extrait classique d’un de ses traités (voir figure ci-contre), le « médecin » devrait être particulièrement attentif aux conditions « ambiantes » qui règnent en chaque lieu. Bien des auteurs considèrent qu’il s’agit de la première tentative de mettre en avant une santé par l’environnement (autre notion aussi difficile et bénéficiant de compréhensions diverses). En fait, c’est surtout des paramètres de type météorologique qui sont visés, mais l’hippocratisme évoluera et ses enseignements inspireront les hygiénistes, jusqu’au tournant du 20ème siècle [1]. L’approche hippocratique repose sur le principe de crise et de convalescence, le médecin ayant le rôle de facilitateur par rapport aux pouvoirs guérisseurs de la Nature. Le traitement pouvait être considéré comme global. « Que l’aliment soit ton premier médicament », disait Hippocrate. Il a développé l’anamnèse [2], plutôt dans un but de poser le pronostic de l’état du patient, mais il a aussi distingué les maladies aiguës ou chroniques, endémiques ou épidémiques. Sa conception selon laquelle c’est l’équilibre entre les quatre humeurs corporelles, persistera pendant des siècles, justifiant, par exemple, les saignées pratiquées facilement par les guérisseurs.
Un virage important interviendra dans les années 1820, avec Louis-René Villermé qui, profitant de la publication des premières statistiques de mortalité (au domicile), a mis en évidence le rôle de la pauvreté, comme cause première de mortalité dans les arrondissements parisiens. Villermé recherchera des causes « environnementales », sans succès. Ainsi, nous pouvons comprendre cette citation du grand médecin et homme politique allemand, Rudolf Virchow, qui marque le tournant social de la médecine. Notons, que plus d’un siècle s’écoulera, avant que l’épidémiologie ne s’intéresse à nouveau aux faits sociaux, comme facteur causal de pathologies.
La révolution pasteurienne, venant balayer les thèses selon lesquelles les maladies étaient transmises par les miasmes [3], pose les germes comme responsables. Elle propulse une nouvelle idée : un germe [4], une pathologie, un traitement, considéré comme des balles magiques. Cette conception bénéficiera grandement des nouvelles découvertes, en particulier ce que nous avons appelé les antibiotiques. Pourtant, la citation de Pasteur, ci-contre, indique que lui avait toujours des influences plus anciennes.

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Notes

[1Nous aurons l’occasion d’en aborder des moments saillants dans d’autres cours

[2Interrogatoire faisant appel à la mémoire du patient, concernant les expériences vécues qui peuvent fournir des pistes au médecin

[3Des vapeurs ou exhalaisons nauséabondes, porteuses des pathologies

[4L’urgence à l’époque concernait les maladies infectieuses ; par la suite, le principe s’appliquera à l’ensemble des causes spécifiques

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