La santé revisitée

La santé au delà de l’absence de maladies

Bien des cours qui concernent la santé ou la santé publique (nous l’aborderons plus loin), débutent avec la citation de la définition de la santé, introduite dans la constitution de l’OMS, en 1946 : la santé est un état de complet bien-être, physique, social et mental et non une absence de maladies ou d’infirmité ! Dans notre manière d’aborder les savoirs, sous forme de définitions discursives qui en résument l’essence (sous entendue immuable, d’où l’appellation de pensée essentialiste), nous n’avons pas pris l’habitude de questionner les concepts, de se demander ce qu’ils révèlent des idées et priorités d’une époque, constituant le fond sur lequel chaque définition émerge, ne serait-ce que pour en comprendre ses implications.
D’abord il faut s’imaginer le contexte de la création de l’OMS, à la sortie de la seconde guerre mondiale, une période d’ouverture, propice à l’introduction d’idées nouvelles. Sans que l’on puisse établir des liens directs, notons que depuis la fin du 19ème siècle, des courants de pensée ont ravivé des approches, dites holistes (holos en grec signifie, le tout, la totalité), aux dimensions ontologique et méthodologique, par opposition aux différents réductionnismes (propriétés du tout, dérivées de celles de ses parties). En sociologie, le débat peut s’articuler autour de l’opposition individu – société, une tension qui traverse de multiples champs, jusqu’à à nos jours.
Mais, si nous voulons comprendre, il faut aller plus loin. Le choix de s’appuyer sur le bien-être, une notion qu’il n’est pas facile à traduire en norme, va générer une série de difficultés, pourtant prévisibles. La notion de bien-être a été au cœur des préoccupations de penseurs et philosophes, depuis l’antiquité. Nous l’aborderons dans les cours, d’orientation plus SHS (sciences humaines et sociales), à partir du mois de février. Bien évidemment, l’obsession de la mesure, de la quantification, va aussi influencer la suite. Mesurer le bien-être, ne peut que révéler des préjugés idéologiques sur ce qu’il peut receler. De plus, les dimensions psychologique et sociale (au delà de la dimension physique), comportent leurs propres difficultés. Le bien-être psychologique ou mental, doit-il se mesurer par rapport à l’absence de pathologies psychiatriques ou doit-il bénéficier d’une compréhension plus large, analogue à celle de la santé ? Que recouvre le bien-être social, une liberté, un pouvoir d’agir, la capacité à suivre les normes, mais définies par qui ?
Aucune de ces questions n’a reçu, à ce jour, de réponse satisfaisante et, vous aurez l’occasion de constater que les indicateurs utilisés pour évaluer la santé, à quelqu’échelle que ce soit, restent des indicateurs de pathologies, éventuellement élargis à l’incapacité, grâce aux DALYs [1] dont il sera question dans un autre cours. Pourtant, nous sommes toujours appelés à évaluer la santé comme complet bien-être, pour concevoir des projets, des programmes ou des politiques, favorables à la santé. Par contre, les mesures du bien-être, de nos jours, sont produites plutôt par les économistes.

Poser une question

Notes

[1Disease adjusted life years ou Années de vies ajustées sur l’incapacité

SPIP3  Mise à jour : le 2 août 2021 | Chartes | Mentions légales | A propos