Environnement et expositions

Les causes du mal-être vues comme des expositions

En disant, précédemment, que c’est notre corps qui est exposé à des circonstances changeantes, je peux donner l’impression de revenir à la seule santé physique. Nous ne pouvons nous accommoder d’aucun dualisme, corps et esprit comme essences séparées. Notre état mental est aussi la conséquence de l’exposition du corps. Nous le verrons dans les parties qui portent sur le bien-être psychosocial, un terme qui nécessite aussi des explications. Nous qualifions de psychosociale, l’incarnation de l’expérience sociale qui affecte notre psychisme. En somme, l’expérience sociale peut aussi être vue comme une exposition.
Les expériences, du chômage, de l’exclusion sociale, d’un deuil ou de toute violence subie, peuvent être comprises comme résultat d’expositions, ces facteurs n’étant plus vus comme des facteurs d’ajustement, mais des causes profondes et essentielles du mal-être. Cependant, posons nous encore la question : les circonstances sociales forment-elles une partie indépendante de l’ensemble de ce qui détermine le bien-être ? Comment se fait-il que l’on observe des phénomènes de ségrégation socio-spatiale, associant la pauvreté et la dégradation environnementale, une double peine en somme ? Quelle place doit-on accorder au constat des inégalités sociales de santé (la défaveur sociale est associée à une dégradation de paramètres comme l’espérance de vie), qui nous intéresseront dans une bonne partie du programme ?
Bien entendu, les causes naturelles ne sont pas mises de côté. Les impacts (en matière de santé) de la dégradation de la qualité de l’air, d’une canicule ou d’une tempête, ne sont pas des aspects que l’on ferait passer au second plan. D’ailleurs, les pertes matérielles n’en sont pas exclues, dans la mesure où elles affectent autant le bien-être. Ainsi, le dérèglement climatique et ses conséquences, concerne la santé et le bien-être, mais il faut encore apprendre à identifier les causes profondes et ne pas en rester au traitement des symptômes. Dans les rapports les plus récents du GIEC [1], on y trouve des questionnements sur la transformation, y compris sociale (lire aussi : ), comme inhérente à la lutte contre le dérèglement. L’étanchéité entre les champs de l’atténuation et l’adaptation, les deux registres de l’action promus par le GIEC, serait remise en cause et la stratégie des ajustements progressifs fortement questionnée.
Il reste un aspect, issu de propositions de découpages classiques, que je voudrais mettre en exergue. Il s’agit des comportements, sous-entendu, individuels et qui prennent facilement le titre de comportements préjudiciables à la santé (tabagisme, consommation excessive d’alcool ou autres substances addictives, etc.), comme s’ils étaient issus d’une volonté, d’une décision plus ou moins raisonnée. Nous retrouvons ici la pauvreté conceptuelle de l’individualisme méthodologique et de la vision néolibérale, d’une société faite d’individus indépendants. En réalité, le registre dans lequel nous puisons les « comportements » n’est pas infini et il est de nature intégralement sociale. Des « codes » sont véhiculés par l’Ecole, nos parents, en lien avec chaque culture. Nous apprenons des autres, nous les imitons ou on s’en distingue, tout au long de notre vie. Il n’y a pas construction d’une individualité, sans passer par l’altérité et, ceci n’est possible que grâce aux interactions sociales. De ce fait, nous n’accorderons que peu de place à la thématique des comportements, à laquelle nous substituerons le qualificatif de pratiques sociales, propres à une culture et qui se modifient avec le temps. En clair, elles découlent de notre « exposition » sociale, qui est le propre de l’espèce humaine, une espèce coopérative, héritage d’une longue évolution, avant même que le genre Homo n’émerge sur la Terre.

Poser une question

Notes

[1Groupe Intergouvernemental des Experts sur le Climat

SPIP3  Mise à jour : le 2 août 2021 | Chartes | Mentions légales | A propos