Santé environnementale et santé publique

La santé publique, science et art de prévenir les maladies

Les Romains, ont développé une pensée bien plus orientée action que les Grecs, pendant les siècles précédents. Ils ont produit des prescriptions sur l’hygiène publique, sans en constituer un champ particulier. Dans la suite, il faudra attendre le 17ème siècle pour voir émerger des tentatives plus organisées, par exemple en Angleterre. La Royal Society est créée en 1660 et un de ses membres fondateurs, John Evelyn, publie en 1661 un texte sur la pollution de l’air à Londres, intitulé Fumigium or the Inconvenience of the Aer and Smoak of London dissipated, adressé au roi et au parlement. Il s’est montré soucieux d’associer l’identification des atteintes, nous dirions aujourd’hui environnementales et sanitaires, y compris en répertoriant les pathologies observées [1] à un intérêt d’apporter des solutions, dans le cas précis pour débarrasser Londres des fumées liées à la combustion du charbon, utilisé par différentes corporations, dont il propose de déplacer les activités, en dehors de la ville. Je n’entrerai pas dans les détails de ce court texte (une trentaine de pages), je me contenterai de souligner son étonnante « modernité », tant de l’objet que de la démarche suivie. Nous y trouvons déjà ce qui fera la spécificité de la Santé publique, en tout cas dans l’intention : l’identification minutieuse des causes de maladies, afin d’informer l’action publique.
La justification du terme Art dans la définition de 1920, devrait être désormais plus claire. La Santé publique est aussi une pratique, un ensemble de préconisations intégrées dans l’action publique, mais qui repose sur les connaissances scientifiques, tant sur les maladies que leurs causes. Je rappelle que la Science ne s’exprime que sur des faits, ce qui Est et non sur ce qui Devrait-être, une prescription qui relève de la morale ou de la politique. La santé publique se nourrit de l’ensemble des connaissances scientifiques sur tout ce qui fait santé, pour proposer des actions, en faveur des populations concernées. Elle couvre un champ à cheval sur l’enquête scientifique et l’action politique.
Héritière d’une situation, où les savoirs étaient tous aux mains d’une poignée de spécialistes et devaient s’imposer à une population ignorante, elle a gardé son caractère moralisateur, ce qui fait que son expression prend l’allure d’un prêche, comme les commandements de la santé publique (lire aussi : ). D’ailleurs, les Polices sanitaires furent une des premières dénominations des institutions ayant mission de santé publique. La question qui se pose à nous, en ce début du 21ème siècle, concerne le réexamen des valeurs et des normes sociales associées. Nous aurons à nous questionner sur ces approches, par le haut, paternalistes et condescendantes, avant d’envisager d’éventuelles nouvelles attitudes que les professionnels devraient adopter, car notre perception de la place de l’action publique et du citoyen a aussi progressivement changé.

Poser une question

Notes

[1Il a comparé les habitants de la ville et de la campagne, dans un genre d’enquête transversale, selon les canons de l’épidémiologie moderne

SPIP3  Mise à jour : le 2 août 2021 | Chartes | Mentions légales | A propos