Expositions et effets sanitaires : le difficile exercice du bilan

Identification des produits cancérogènes dans SUMER : 1,4 ou 3,6 millions de situations d’exposition ?

Selon que l’on se réfère à l’une ou l’autre liste [1], le nombre de situations d’expositions varie. Si on se réfère aux catégories 1 et 2 de l’Union européenne, SUMER recense
1,4 millions de situations d’exposition concernant 6,3 % salariés. Si on se réfère aux catégories 1 et 2A du CIRC, le nombre de situations d’expositions est de 3,4 millions
touchant 13,3 % salariés. Enfin, si l’on prend en compte l’ensemble des catégories citées des deux listes, ce qui est le choix opéré ici, Sumer repère 3,6 millions situations d’expositions concernant 13,5 % des salariés. Ce choix a été opéré dans le souci de couvrir le champ le plus large.
Comme les intitulés du questionnaire sur les produits chimiques ne correspondent pas systématiquement aux intitulés de la liste du CIRC ni de celle de l’Union européenne, il a fallu parfois opérer des choix. Pour les produits cancérogènes non repérés nominativement dans le questionnaire mais rentrant dans l’intitulé d’une famille,
nous avons conservé celle-ci quand plusieurs produits de cette famille sont cancérogènes, par exemple pour le chrome et dérivés ou pour les amines aromatiques.
En revanche, d’autres familles ne sont pas retenues comme cancérogènes car l’utilisation de produits cancérogènes n’y est pas majoritaire. Exemple : la famille des
acides minéraux où l’excès de risque n’a été mis en évidence que pour l’acide sulfurique. Il en est de même pour la famille des fongicides, où seuls ceux à base
d’arsenic sont dans les catégories 1 de l’Union européenne ou du CIRC.
Ces choix ne sont pas parfaits et sont susceptibles d’être critiqués. Pour certaines familles, en assimilant certains produits non cancérogènes de cette famille à des
produits cancérogènes ; les expositions sont majorées ; pour d’autres, elles sont minorées pour des raisons inverses. Par ailleurs, certains produits cancérogènes ou
situations de travail n’ont pas été repérés dans le cadre du questionnaire de cette enquête.
Enfin, le questionnaire SUMER ne repère pas un certain nombre de produits cancérogènes lorsqu’ils sont très rares. Néanmoins, les contours de cette description sont probablement très proches de la réalité des expositions aux produits cancérogènes.

Extrait de l’enquête SUMER de 2003 - publiée en juillet 2005 par le Ministère du Travail

Les données spécifiques à l’impact d’un type de substances ou de produits sont rares. Par exemple, s’agissant d’effets aigus à court terme, l’OMS a estimé qu’il y a chaque année dans le monde 1 million de graves empoisonnements par les pesticides, avec quelque 220000 décès.

Pour des raisons de suivi plus régulier (médecine du travail) et souvent de probabilité d’exposition plus élevée, c’est dans le domaine professionnel que l’on dispose de plus de données pour apprécier l’étendu des effets sanitaires. Ceci vaut pour des substances précises, mais il ne faut négliger la part des substances chimiques dans l’exposition par milieu : la pollution atmosphérique, de nature majoritairement chimique, est responsable d’un grand nombre de décès anticipés par an.

En France, la Mutualité sociale agricole, en charge de la médecine du travail et de la prévention des risques professionnels des salariés agricoles, a trouvé des effets indésirables chez près d’un manipulateur sur six lors d’enquêtes portant sur une année d’utilisation professionnelle de pesticides.

Les impacts à long terme dus aux effets différés des expositions aux substances chimiques sont d’une grande complexité à quantifier, ne serait-ce qu’en raison du caractère multifactoriel des pathologies associées :
- Globalement 4% des cancers, soit 36000, sont attribuables dans l’Union européenne à des facteurs professionnels. Parmi eux il est très délicat de faire la part de ceux provenant de l’exposition à des substances chimiques. A minima, 2500 cancers sont officiellement déclarés attribuables à une exposition à des substances chimiques reconnues dangereuses (70% attribuables à l’amiante, 15% aux radiations ionisantes, 10% aux autres substances chimiques).
- L’Organisation internationale du travail, estime que chaque année plus de 400000 morts sont causées par l’exposition à des substances chimiques elles-mêmes responsables de 35 millions de cas de maladies professionnelles enregistrés dans le monde.
- Au niveau européen, les substances dangereuses sont responsables d’une part importante des maladies professionnelles qui touchent quelques 7 millions de travailleurs.
- L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail évalue à 600 millions d’euros le coût annuel des maladies de la peau professionnelles, tandis que celui des affections asthmatiques professionnelles se situe entre 400 et 800 millions d’euros. La plupart de ces affections sont causées par des substances chimiques.

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Notes

[1les différentes listes des produits cancérigènes sont abordées en toxicologie

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