La communication sur le risque et ses présupposés

Huit grandes étapes de la communication sur les risques aux Etats-Unis depuis les 20 dernières années (B. Fischhoff 1998)

- Il suffit d’avoir les bons chiffres
- Il suffit de leur dire les bons chiffres
- Il suffit de leur expliquer ce que nous entendons par ces chiffres
- Il suffit de leur montrer qu’ils ont accepté des risques semblables dans le passé
- Il suffit de leur montrer que c’est une bonne affaire pour eux
- Il suffit de les traiter gentiment
- Il suffit d’en faire des partenaires
- Tout ce qui précède

Nous avons eu l’occasion de présenter à plusieurs reprises le risque comme étant une probabilité qui résulte de la dangerosité (dommage) et de l’exposition. De ce point de vue la définition du risque peut être qualifiée d’objective. Pourtant, la communication sur le risque soulève débat (ne pas inquiéter la population), ce qui montre que ce n’est pas le risque qui est visé mais l’acceptabilité du risque par les parties concernées.

Les huit points issus des travaux de B. Fischhoff montrent clairement qu’il existe des degrés d’intégration du public dans le processus de la communication sur le risque (voire en amont), que les pouvoirs publics ne sont pas toujours prêts à assumer. Enfermées dans une tradition de paternalisme éclairé, les autorités n’ont pas anticipé à quel point la crédibilité pouvait être entamée dans ces circonstances. Les tenants de cette attitude qualifient fréquemment de “démagogues” ceux qui cherchent à associer le public au le processus d’évaluation. Se pose, en effet, la notion d’intervenants légitimes exprimée dans le rapport d’évaluation de la loi du 1 juillet 1998.

Comment alors passer à une meilleure prise en compte des perceptions et des attentes du public en matière de risques ? Dans un récent colloque, le représentant du MEDD vantait l’exemple des conférences citoyennes, comme l’occasion d’instruire (sic) des citoyens candides par les experts avant d’obtenir leur avis ! En France, la référence en la matière est le débat public conduit par la Commission nationale du débat public. On peut raisonnablement se demander si ce type de formule où le sujet est défini à l’avance et qui consiste à une expression “désordonnée” de toutes les opinions est constructive. Il existe une troisième voie dite de co-production (ou de co-construction) des savoirs qui associe activement les non spécialistes à un processus qui n’introduit pas de disymétrie dès le départ entre experts et profanes et dont le sens n’est pas défini d’avance.

En 1997 la commission européenne a établi et financé le groupe de réflexion pluraliste TRUSTNET, dont le but est de traiter les modes de gouvernance du risque. Le rapport de 2004 a défini 11 conditions qui engendrent ambiguité et méfiance, sur lesquels il convient de méditer.

Voir en ligne : TRUSTNET

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