La participation de multiples acteurs est-elle utile ?

Nous nous situons ici nécessairement dans le cadre des démarches structurées pour la conduite du processus d’évaluation des risques, dans une optique d’aide à la décision publique. Le cadre proposé par le National Research Council des Etats-Unis en 1983, amendé en 1997 et largement repris par l’UE constitue aujourd’hui la référence internationale.

Pour diverses raisons qui seront discutées ailleurs, l’idée qui s’est imposée dans les dernières années est celle de l’implication des parties prenantes [1], qu’il faut comprendre dans un sens large, c’est-à-dire tout représentant d’un groupe ayant un intérêt dans le processus en discussion. Celles-ci peuvent être des acteurs économiques, des partenaires sociaux, des représentants de riverains, des associations d’utilisateurs, de consommateurs ou de défense de l’environnement.

Dans la version du cadre de référence toujours en vigeur aux USA, qui a aussi été adopté par Santé-Canada (l’équivalent du ministère de la Santé), sont listées six étapes :
- la définition du problème et de son contexte
- l’évaluation du risque
- l’examen des différentes options de solution
- la prise de décision
- la mise en œuvre des actions
- l’évaluation

Chaque étape est menée en collaboration avec les groupes concernés dès l’identification du problème. De nouvelles données et informations peuvent être prises en compte au cours du déroulement de la démarche par un processus itératif. Nous y reviendrons. En tout état de cause, cette approche aurait l’avantage de s’assurer que les décisions sont basées sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles, tout en produisant des décisions susceptibles d’être mieux acceptées que celle prises sans contribution des groupes concernés. Implicitement donc on admet que la société (par le biais de ses représentants) n’a pas seulement le droit de connaître la réalité sur les risques, mais aussi de la contester et d’exprimer des exigences quant au degré de protection nécessaire.

2 Messages de forum

  • Je pense qu’en effet la mobilisation de différents acteurs (scientifiques ou pas) permet d’adapter les mesures au contexte social, d’identifier des aspects nouveaux ou encore d’améliorer l’acceptabilité des populations aux mesures mises en oeuvre. D’un autre côté, la mobilisation de connaissances non scientifiques est-elle réellement nécessaire dans une évaluation des risques (qui par définition nécessite une base solide de connaissances scientifiques) ? Cela ne risque t-il pas d’influencer les experts à minimiser ou maximiser un risque ?

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    • La participation de multiples acteurs est-elle utile ? 14 novembre 2018 17:42, par Yorghos Remvikos

      Cette page de cours, un peu ancienne, n’évite pas les pièges conceptuels. D’abord, la catégorie des acteurs nous vient des traditions du management et repose sur des intérêts. Pour moi c’est un casus belli, car nous restons enfermés dans l’idéologie néolibérale, qui contraint notre pensée. Nous aurons l’occasion d’aborder le sujet autrement, en déployant des concepts sociologiques un peu plu pertinents, en abordant la question de la justice sociale.
      L’autre piège est celui de l’expression du problème, en termes scientifiques purs. Ceci vous conduit à déprécier les savoirs non scientifiques, que vous hiérarchisez explicitement. Qu’est-ce qui vous permet de les opposer ? C’est quoi une base solide de connaissances scientifiques et comment se mesure-t-elle ? Le problème provient de la formulation scientifique, posée comme objective, alors que bien des aspects reposent sur des conventions. La Science produit un discours sur le Monde, abstrait, indépendant du contexte et des observateurs (en tout cas il s’agit de ses prétentions). Comment passer en termes scientifiques de ce qui Est à ce qui Devrait être ? Pensez vous que la Science peut nous dire ce qui est Bien ou Juste, càd informer la morale. ?

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Notes

[1traduction de l’anglais stakeholder

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