Le paradigme en question

Le schéma actuel de l’évaluation des risques repose sur un certain nombre d’hypothèses implicites, qu’il convient d’examiner attentivement. L’examen des données de la littérature conduit à une appréciation de la dangerosité et une tentative de quantification du risque, au regard de l’exposition, avec toutes les imperfections que la détermination de cette dernière comporte. Les incertitudes, évoquées ailleurs, sont une partie du problème et encore, il faut savoir de quel type d’incertitude il s’agit.

L’aspect le plus important qu’il faut introduire dans la discussion concerne la possibilité de disposer de données suffisantes, selon les préconisations classiques. En effet, si l’on considère la hiérarchie des données disponibles pour déterminer le caractère cancérigène des substances, celles obtenues chez l’homme, c’est à dire issues d’études épidémiologiques, ont le poids plus fort. Ores, ces résultats ne sont obtenus qu’au bout de longues études et après des expositions chroniques sur des décennies. Ce type de situation est incompatible avec le principe même de la prévention, sans parler de la possibilité d’appliquer une démarche de précaution. Pour ces raisons, un cancérigène certain chez l’animal, avec des données mécanistiques plausibles et une transposabilité de l’animal à l’homme de par l’existence de voies communes, peut être classé en catégorie I par l’IARC. De même, dans la démarche de l’UE, les mêmes restrictions s’appliquent aux CMR [1] de catégorie 1 (cancérigène certains) et 2 (cancérigène probable).

Si l’on suit la tendance vers un plus grand degré de protection, il faut se demander si les CMR 3 ne devraient pas recevoir la même attention. Bien d’autres problèmes peuvent être évoqués, ils sont schématisés sur l’arbre décisionnel ci-contre :
- La question des expositions aux mélanges a déjà été évoquée ;
- L’interaction avec l’âge, le sexe ou le mode de vie ;
- Les fenêtres de sensibilité (exposition fœtale, néonatale, etc) ;
- Enfin certains dommages ne peuvent être révélés facilement (effets comportementaux), voire pas du tout, car il s’expriment d’abord sous forme de simples perturbations biologiques (perturbations endocriniennes).

En résumé, il y aura de plus en plus nécessité d’avoir recours à des tests prédictifs, fournissant des indications de possibles propriétés des substances, seules ou en mélanges, à des stades très précoces de leur développement, bien au delà des exigences actuelles.

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Notes

[1Cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques

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