Le concept de « développement durable » issu du rapport Brundtland

La première définition officielle du « développement durable » fut donnée par le rapport Brundtland en 1987 : « un processus de changement par lequel l’exploitation des ressources, l’orientation des investissements, des changements techniques et institutionnels se trouvent en harmonie et renforcent le potentiel actuel et futur de satisfaction des besoins des hommes » ; elle sous-entendait qu’ainsi tous les problèmes de développement non résolus dans le passé devraient tout à coup trouver une solution en relation avec les problèmes environnementaux. Ce concept a subi depuis de nombreuses interprétations qui nourrissent chacune les controverses sur le développement durable. Un chercheur à la Banque mondiale a dénombré plus d’une vingtaine de définitions du développement durable qui sont utilisés actuellement [1]. Le concept défini au sein de l’ONU reste donc flou et ne se clarifie que par l’action politique qui cherche à le rendre opérationnel.

Ce concept permettait alors de définir notamment une quatrième stratégie de développement économique des pays en développement et qui établissait un lien entre l’éducation et les matières premières pour thématiser les conditions nécessaires pour assurer le développement à long terme. Face à l’épuisement prévisible de nombreuses ressources naturelles non renouvelables et face à l’exploitation en dessus des taux de régénération des ressources naturelles renouvelables, cette stratégie dite du développement durable se réfère à la responsabilité intergénérationnelle pour transmettre l’environnement naturel non pollué aux générations futures. A partir du constat justement que les conditions de ce transfert intergénérationnel se dégradent, une nouvelle controverse est née ; ce n’était évidemment pas en ajoutant l’adjectif « durable » au développement que les solutions se dessineraient d’emblée. Pour les uns, c’est toujours et encore par la croissance économique que ces conditions peuvent s’améliorer (« la boucle est donc bouclée », et nous en revenons aux trois premières stratégies !), pour les autres, il faut toujours résolument s’orienter d’après de nouveaux concepts de développement qui tiennent explicitement compte des inégalités sociales.

Il est par conséquent tentant de réduire le concept de « développement durable » à celui de la « croissance économique durable », partant toujours de l’idée que c’est la croissance qui est à la base de tout développement, en particulier économique, des sociétés (contrairement aux recommandations de Sachs en la matière). Finalement, si l’on en reste à cette optique, cela ne se réduit qu’à étudier les possibilités de substitution offertes par la promotion du progrès technique entre capital naturel et capital humain.

Il soulève ainsi des controverses idéologiques dans la mesure où il adopte un point de vue conciliant. En effet, la conversion de l’économie à la protection de l’environnement est abordée dans le sens de l’autonomie de la production. L’économie reste un étalon universel et les problèmes environnementaux et sociaux sont traités comme des effets externes à l’économie. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles le développement durable a été soutenu très rapidement par les milieux économiques, notamment par la Chambre de Commerce Internationale.

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Notes

[1Pezzey J., 1989, « Economic Analysis of Sustainable Growth and Sustainable Development », Environment Department Working Paper No 15, Washington D.C. : Banque Mondiale.

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