Les deux théorèmes de l’économie du bien-être : de l’équilibre concurrentiel et à l’optimum de Pareto

On a vu que les néoclassiques avaient, avec la théorie de l’utilité marginale, développé un instrument puissant d’homogénéisation de l’économie. Et de fait, il est vite apparu par exemple que la théorie de la production pouvait se ramener, par le biais d’un modèle standard à trois facteurs de production, travail, terre et capital, à un homologue de la théorie de la consommation. La production est alors traitée comme un aspect parmi d’autres de l’allocation de ressources. De même, les marchés de facteurs permettent de déterminer le prix d’équilibre de chacun d’entre eux. Walras, avec l’équilibre général, a donné une figure de l’interdépendance reliant les divers marchés. Il l’a fait dans le cadre d’un « modèle d’échange pur », dans lequel des quantités déjà produites de biens sont allouées par les agents, puis dans le cadre d’une économie de production. Cet ensemble d’agents, de biens, et donc de marchés, est censé représenter la totalité du fonctionnement d’une économie, sans abandonner pour autant les postulats de base de l’individualisme méthodologique.

Son successeur Pareto s’est attaché à isoler les conditions marginales requises pour qu’un tel système de marchés maximise le bien-être social. Cette théorie du bien-être utilise généralement le cadre analytique de l’équilibre général, dans la mesure où il lui est alors plus facile d’assimiler simplement bien-être social et utilité procurée par l’ensemble des biens présents dans le système. Le résultat du système d’équilibre général étant avant tout un système de prix d’équilibre manifestant une allocation particulière de l’ensemble des biens entre les agents, le problème du bien-être, considéré d’un point de vue normatif, devient celui de la détermination de la meilleure allocation possible pour l’ensemble de la société constituée des agents du modèle. Pareto a établi une définition, toujours reprise depuis, de l’optimum : « constitue un optimum toute situation – ici une allocation des ressources fournie par le modèle d’équilibre général, telle qu’aucune autre situation ne puisse conduire à un bien-être supérieur pour au moins un agent, sans diminuer le bien-être des autres ».

Le premier théorème de l’économie du bien-être établit alors que tout équilibre concurrentiel est un optimum de Pareto (encore appelé « optimum de premier rang »). Mais ce théorème est basé sur trois postulats, directement issus des travaux de ses prédécesseurs :

-  la « convexité » des préférences des consommateurs, qui traduit le fait que l’utilité d’un bien consommé décroît au fur et à mesure de leur consommation ;

-  la « convexité » des ensembles de production, soit en fait l’absence de rendements d’échelle croissants et de coûts fixes pour les producteurs, et qui, suite aux travaux de Marshall, conduiraient les firmes bénéficiant de tels avantages (dites « économies internes », dépendant essentiellement de l’organisation de la firme, mais aussi de sa taille) de se trouver au fur et à mesure de la décroissance de ses coûts (permis parc les économies d’échelle) dans une telle position qu’elle serait incompatible avec le maintien à long terme de la concurrence dans la branche ;

-  l’absence d’externalités  [1] qui, selon Marshall toujours, constituaient le pendant « positif » des économies internes, ce qu’il appelait « le progrès général de l’environnement industriel » et qui passaient par la localisation de la firme, par exemple au sein d’un « district industriel », ou par son appartenance à une branche particulière. Mais, ici, dans le cadre du premier théorème de la théorie du bien-être parétien, ces externalités n’ont pas cet aspect positif puisque la postérité de ce concept sera capitale pour l’économie de l’environnement car, sous le nom d’externalité, et assorti d’une face négative, la « déséconomie externe », il va être au centre du traitement des problèmes d’environnement par la théorie néoclassique.

Ainsi, le système de marché réalise une allocation efficace des ressources, au sens du critère de Pareto, c’est-à-dire telle qu’il n’existe pas de réallocation des ressources qui permette d’augmenter l’utilité d’un agent sans diminuer celle d’un autre. L’efficacité correspond à la maximisation du surplus social (ou collectif) qui est égal à la somme des surplus (profits) des producteurs et des consommateurs (le « surplus social »). On dispose donc d’un critère technique pour caractériser un optimum de Pareto. Le prix qui jouait donc un rôle d’information donne le « bon » signal aux agents de l’économie marchande.

Le deuxième théorème constitue également un résultat fondamental. C’est la réciproque du premier puisqu’il énonce, qu’un équilibre concurrentiel (c’est-à-dire un système de prix) peut être associé à tout optimum de Pareto.

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