la manière de considérer l’environnement en tant que bien économique « non rival » et « non-exclusif », source de clivages au sein de l’économie de l’environnement

Nous avons vu que la théorie (néoclassique) standard, à la suite de l’école classique, considère tous les biens et services comme économiques, mais distingue les biens marchands des biens non-marchands (ceux-ci, on l’a vu, étant à la source d’externalités, donc de risque de défaillance de marché). Il est également possible de classer les biens économiques (marchands, ou non) en différentes catégories :

- les « biens privés purs » (tels que les aliments, les vêtements, etc.) font l’objet d’une consommation individuelle privant les autres consommateurs de la possibilité de les consommer : ils sont par conséquent considérés comme « rivaux » et « exclusifs » ;

- à l’opposé, les « biens collectifs (purs) » doivent être considérés comme « non exclusifs » et « non rivaux », en ce sens que le fait que des individus consomment un bien environnemental ne doit pas empêcher son usage pour les autres et que l’environnement doit être accessible pour tout le monde.
Cette non-exclusion peut avoir des raisons techniques et normatives. Certains usages de la nature ne connaissent pas de substituts technologiques, comme l’air et l’eau, tandis que d’autres se fondent sur des jugements de valeur comme la beauté d’un site. Ces derniers peuvent être illustrés par le fait que dans les pays développés, les mesures de protection de l’environnement sont plus nombreuses que dans les pays en voie de développement dont la non-exclusion a la pollution est moindre.

Mais si les biens d’environnement ne peuvent pas être assimilés à des biens privés purs, ils ne sont pas tous des « biens collectifs (purs) », mais relèvent également soit de la catégorie des « biens de club » (un droit d’entrée dans un parc national va exclure certains consommateurs sans qu’il y ait pour autant rivalité), soit de la catégorie des « biens communs » (personne ne se trouve exclu d’une cueillette de champignons dans une forêt à accès public, mais, comme tout bien privé, les derniers des cueilleurs risquent de ne plus trouver de champignons…). Dans ce dernier cas, et en l’absence de mesures spécifiques telles que l’attribution de droits de propriété sur ces ressources ou l’aménagement des conditions de leur usage collectif, le risque lié aux caractéristiques de ces biens est leur surexploitation et leur épuisement possible ou une utilisation ayant des conséquences négatives sur d’autres agents (pollution).

L’économie de l’environnement s’est donc retrouvée scindée en deux écoles selon si l’on considère l’environnement comme :

- un bien public devenu rare ;

- un bien économique dont les droits de propriété sont à définir.

La figure illustre les deux conceptions différentes du point de vue juridique et moral que la théorie économique propose pour analyser l’environnement ( [1]). Ces deux conceptions sont à l’origine d’une vaste palette d’instruments de protection de l’environnement que la science économique est en mesure de proposer. D’un point de vue analytique, elles ont en commun, au-delà de leurs différences, de relever de la même analyse microéconomique néoclassique et d’aboutir toutes trois à la détermination d’un optimum parétien, permettant au système de prix en vigueur sur les marchés de maximiser le bien-être collectif tout en prenant en compte les effets de la pollution par exemple.

3 Messages de forum

  • Bonjour,

    Peut on dire que l’école "l’environnement est un bien public rare" privilégie l’interventionisme de l’Etat pour reguler l’économie de l’environnement (en mettant en place des reglementations) ?

    N’y a t il alors pas contradiction avec la théorie néoclassique de l’économie ?

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    • La théorie néo-classique considère que, si toutes les hypothèses du base du modèle sont respectées (concurrence pure et parfaite, biens homogènes, prix observables partout, au même moment, instantanément, individus "rationnels" etc.), les marchés seront tous en équilibre, le prix constituant un bon signal permettant d’égaliser, à tout niveau, les offres et les demandes des biens. Donc, dans ce cas, les interventions extérieures n’auraient aucun intérêt : au mieux, elles seraient neutres, au pire déstabilisatrices.

      Mais, justement, il a bien fallu considérer que les hypothèses ne sont pas toujours respectées (monopole, prix inobservables, individus non rationnels etc.), je dirai même rarement : les marchés arriveraient bien, dans ce cas, à des équilibres, mais ils seraient sous-optimaux pour la collectivité. L’Etat peut alors intervenir (plutôt sur le plan réglementaire, pour permettre de retrouver les hypothèses de base). il n’en reste pas moins que la théorie néo-classique initiale ne parle que de biens privés et ne faisait pas de distinction entre ces biens (qui a fallu, a contrario, caractériser de "privés") et des biens "publics" ; pour ces derniers, leur caractéristique de biens "collectifs" les éloignent des canons habituels, et le prix de marché ne peut constituer le seul signal, puisqu’il pourrait exclure de leur consommation des individus qui en ont autant besoin que les autres ou ils pourraient accélérer leur épuisement (dans une qualité définie).

      C’est justement ici cette caractéristique de "biens publics" ou "collectifs" qui ouvre une nouvelle voie de l’économie néo-classique ("économie publique", qui ne remet donc pas fondamentalement en cause la théorie néo-classique, puisqu’elle en constitue bien son fondement). Ici, comme dans le cas de biens privés où les hypothèses ne seraient pas respectées, des interventions, de l’État par exemple (à partir où il serait garant du bien-être collectif), permettraient de rétablir l’équilibre sur le marché, ainsi de garantir une bonne utilisation d’un bien public devenu rare et à tous de continuer à en profiter.

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  • Quelles sont parmi ses deux écoles qui considère soit les bien public devenu rare et bien économique dont les droits de propriété, qu’ on les trouve dominante dans notre monde actuelle ?

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Notes

[1Burgenmeïer, 2007, Politiques économiques du développement durable, De Boeck, Bruxelles, p.40.

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