Critique des fondements du calcul de l’optimum avec pollution optimale : analyse statique versus développement durable

Les effets externes pris en compte par l’analyse économique n’apparaissent que lorsque la capacité d’assimilation du milieu est dépassée. De plus, la détermination du niveau optimal de pollution par égalisation du coût marginal d’épuration et de celui des dommages conduit presque toujours fixer cet objectif à un niveau excédant plus ou moins largement celui compatible avec cette capacité d’assimilation. Celle-ci va donc se dégrader ; si l’on passe d’une perspective statique à une perspective dynamique, cette dégradation peut aller plus ou moins rapidement jusqu’à l’épuisement. La capacité d’assimilation des milieux naturels est un plafond en écologie, un plancher en économie.

L’optimum économique du producteur, atteint au point d’égalisation du profit marginal et du coût marginal social, peut donc engendrer un niveau de pollution incompatible avec le maintien de l’équilibre des écosystèmes, car il aura alors été économiquement rentable de continuer à polluer au-delà de la capacité d’assimilation du milieu naturel (l’avantage retiré de chaque unité de production supplémentaire, mesuré par le profit marginal, étant, avant d’atteindre l’optimum, supérieur au dommage causé mesuré par le coût marginal social).

De plus, le progrès technologique est en général insuffisant, et l’effet quantité dû à la croissance de la production l’emportant sur l’effet qualité, la masse de polluants continue à croître. Même un niveau d’activité constant signifiant une croissance nulle suscite un processus d’accumulation de résidus puisqu’il s’accompagne d’une pollution non nulle. La tendance à l’épuisement de la capacité d’assimilation naturelle n’en est que ralentie, et le stock de résidus continue à s’accroître.

La détermination d’une capacité limite d’assimilation, la perception des nuisances, l’évaluation du coût social, sont très problématiques. Mais elles mettent l’accent sur les effets futurs de décisions présentes ayant un impact sur l’environnement, effets qui ne peuvent plus être ignorés dans le cadre d’un objectif de développement durable.

Les économistes tentent d’intégrer ces externalités intergénérationnelles dans les modèles de croissance - modèles de croissance endogène et modèles à générations imbriquées -, afin d’analyser les conditions sous lesquelles la croissance économique peut être compatible avec la préservation de la qualité de l’environnement.

6 Messages de forum

  • "Les effets externes pris en compte par l’analyse économique n’apparaissent que lorsque la capacité d’assimilation du milieu est dépassée." Doit-on comprendre par là que la prise en compte des effets externes dans l’analyse économique des projet publics n’est pas systématique ?

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  • "La capacité d’assimilation des milieux naturels est un plafond en écologie, un plancher en économie.". Pourrait-on palier à ce problème en adoptant dans les analyses une méthodologie par triple scenarii, en inventant un scénario avec une hypothèse forte (celle purement écologique), un deuxième qui serait moyen (équilibriste) et un dernier plus proche des principes et désidératas économiques (hypothèse faible / plancher) ?

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  • Les économistes tentent d’intégrer ces externalités intergénérationnelles dans les modèles de croissance - modèles de croissance endogène et modèles à générations imbriquées -, afin d’analyser les conditions sous lesquelles la croissance économique peut être compatible avec la préservation de la qualité de l’environnement.

    Dans cette conclusion, j’ai des questions à propos du modèle de croissance des pays sous-développés (voir en voie de développement ou du Sud) :
    Connaissant que la pauvreté y persiste toujours, que le peu de technologie qui y existe est rudimentaire voir vétuste, y’a t-il aujourd’hui un modèle de croissance propre à ces pays ? et un autre modèle aux pays développés ?
    Merci

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    • Oui, effectivement, il y a des modèles économiques qui séparent les pays en deux catégories selon des indicateurs propres à ces modèles : pays dits "riches" et pays dits "pauvres", sachant, qu’en général, les indicateurs qui permettent une telle séparation sont le plus souvent des indicateurs soient de richesse, soient d’inégalités sociales.
      On y trouve plusieurs voies de recherche, par exemple :
      - celle où l’on considère que l’application des règles mondiales sur la pollution devraient permettre aux pays "riches" effectivement d’investir dans ces pays (pour profiter, notamment, des faibles coûts de la main d’œuvre et des coûts de transports faibles) mais d’être obligés d’y mettre en place des dispositifs antipollution (d’où des transferts de technologie Nord-Sud) ;
      - celle où l’on considère que les réglementations internationales sur la pollution ne sont pas suffisamment contraignantes (ce qui est malheureusement le cas actuellement, surtout après les échecs successifs de Copenhague et de Durban) : dans ce cas, les investissements iront toujours vers des pays à faibles coûts de main d’œuvre relatifs, mais comme les réglementations locales sont moins contraignantes que celles des pays du Nord en la matière, ces pays constitueront alors des "havres de pollution" (pollution havens en anglais) ; ici, ce n’est plus la technologie moins polluante qui sera transférée, mais la pollution !

      Ce qui ressort de la confrontation de ces deux voies de recherche, c’est la nécessité d’avoir des législations environnementales tout aussi contraignantes sur le globe, sachant que, dans un tel cas de figure, l’avantage comparatif constitué par la différence des coûts de main d’œuvre subsisterait, a priori, en faveur des pays "pauvres".

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