Urbanisme et santé, des relations complexes

Ce cours ne s’adresse pas nécessairement à des urbanistes de métier, quoique ils puissent y trouver des compléments intéressants. Nous pensons tous comprendre sans difficulté ce qu’il recouvre, mais, gageons que nous aurons du mal à répondre facilement à la question : qu’est-ce qu’une ville ? Un article de 20 pages retrace l’émergence des villes, l’évolution historique des concepts et l’apparition des disciplines qui l’étudient. Il s’agit d’un complément bien utile à la compréhension de l’ensemble.
L’influence sur la santé des environnements de vie nous a préoccupé tout au long des semestres précédents. Le milieu urbain est un terrain de choix pour la santé environnementale, dans la mesure où un grand nombre de déterminants est concerné. En outre, la population mondiale montre une tendance à se concentrer dans les villes et de plus en plus de très grandes métropoles émergent à l’échelle mondiale.
Il ne s’agit pas ici d’accompagner cette tendance à la concentration, car nous aurons toujours besoin de communautés peuplant les campagnes, ne serait-ce que pour assurer la production agricole dont notre survie dépend. Néanmoins, la forme urbaine offre un certain nombre d’avantages : concentration d’offre de logements, d’emplois, d’aménités et de services, tout en préservant les terres productives.
Au tournant du 19ème et du 20ème siècle, la tendance était vers la déconcentration, dans la mesure où la révolution industrielle avait rendu les villes peu vivables (promiscuité, pauvreté, pollution, manque d’hygiène). Celle-ci peut être attribuée aux courants hygiénistes puis, avec l’apparition de la voiture, le phénomène d’étalement urbain. Aujourd’hui, c’est le modèle de ville compacte qui a clairement cours, bien que nul ne soit capable de la définir concrètement : formes, densité, taille, usages, etc. Nous tenterons donc d’apporter quelques réflexions sur la manière de concevoir des villes à la fois vivables et durables, ce qui devrait nécessiter des arbitrages complexes.
Je tiens ici à remercier Marcos Weil, urbaniste suisse qui s’est beaucoup intéressé au bien être et la santé dans le cadre urbain et dont je me suis inspiré des interventions et présentations (j’y ai emprunté de nombreuses figures).

Objectifs pédagogiques

Afin d’aborder le sujet, il faut disposer de notions claires sur les concepts et objets en question. En parlant d’abord d’urbanisme, que visons-nous précisément ? La ville pourrait être vue comme un mode d’occupation de l’espace, qui devient milieu de vie et qui ne cesse d’évoluer. Ce deuxième aspect a dérivé dans le temps et, dans la période actuelle, je soutiendrais qu’il est devenu controversé. Maintes fois nous sommes confrontés à des urbanistes qui prétendent fabriquer la ville alors qu’ils ne s’intéresse qu’à son enveloppe : bâtiments, réseau viaire, équipements, infrastructures de transport, etc.
Nous aborderons certains points qui précisent aussi notre vision du sujet dans la section suivante. Nous essayerons d’ouvrir le débat sur la prise en compte du vivant dans la ville, en commençant par les populations qui investiraient un lieu, afin d’y vivre, ce qui, tout de même, ne peut se limiter à des besoins purement utilitaires, qui constituent l’obsession des urbanistes. Pour autant, de nouveaux aspects commencent à émerger [1], le cas des aménités étant exemplaire. En somme, le milieu urbain peut apporter des éléments du bien-être que nous poserons comme intangibles ou qu’il n’est pas possible de traduire en bénéfices monétaires de manière simple [2]. Parcs, jardins, qualité esthétique des paysages urbains, viennent s’ajouter à des facteurs plus liées aux fonctions classiques de la ville : logements, emplois, services...
Parmi les nouveaux enjeux, à traiter au travers de l’urbanisme, nous pourrions citer : le climat (gestion de l’énergie, des transports, de la qualité et provenance des matériaux, ou encore l’équilibre minéral/végétal à l’origine des ilots de chaleur urbains. Ainsi, de nouveaux domaines émergent, comme l’agriculture urbaine (et plus généralement les circuits courts), la biodiversité en ville (y compris au travers de la trame verte et bleue, mais aussi des enjeux plus de caractère social, comme l’implication citoyenne, au travers d’initiatives comme les jardins partagés et enfin, des approches plus intégrées, abordées par les mouvements de transition [3].
La question se pose : est-ce que tous les éléments précités peuvent être mis en lien avec la santé et le bien-être des populations urbaines ? La réponse est largement affirmative, si on se dégage de la vision selon laquelle la responsabilité de la santé incombe au seul système de soins. Vous voyez ci-contre deux exemples, d’abordt par l’évaluation des bénéfices des écosystèmes, au RU, qui a permis de mesurer l’impact de la qualité paysagère de ce que l’on voit par sa fenêtre et sa traduction en termes de réduction de consommation de soins. Le second exemple, en provenance de la ville de Séoul, où il a été décidé de redécouvrir la rivière qui la traverse. La figure compare l’avant et l’après et montre la fréquentation des nouvelles berges. Bien évidemment, les bénéfices, au delà des loisirs/détente, portent aussi sur la réduction des déplacements automobiles et l’amélioration en matière de bruit et de pollution atmosphérique.

Références associées aux articles

Plan du cours

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