Se poser les bonnes questions

L’évaluation des risques part du principe de Paracelse : la dose fait le poison, qui date tout de même du 16ème siècle. Formalisée, comme dans le livre rouge du NRC, datant de 1983, elle a bénéficié de guides, de procédures standardisées (au moins en apparence) et a mis en place une science réglementaire [1], sur laquelle nous devrions nous interroger. Nous pourrions alors nous cantonner à exposer la bonne manière de réaliser les expertises, comme des recettes de cuisine, ce qui ne permettrait pas de comprendre pourquoi les avis d’experts sont si souvent contestés, y compris par d’autres scientifiques.
En effet, l’évolution des approches de l’évaluation des risques (livre orange, puis argent du NRC), montre que l’évaluation n’est pas sans poser des difficultés et se prolonge par des controverses récurrentes [2]. Dans ce cas, est-ce que la Science est remise en question ou est-ce les pratiques des experts comportent des présupposés non explicités, qui seraient à l’origine des controverses ? Comment comprendre que deux institutions comme l’IARC, émanation de l’OMS dédiée à la recherche sur le caractère cancérogène des substances et activités et l’EFSA [3] peuvent aboutir à des conclusions totalement différentes, sur la base, en tout cas normalement, des mêmes données scientifiques ?
Bien entendu, il nous faut introduire ici la question des incertitudes, des interprétations non explicitées par les experts, des possibles conflits d’intérêt, tous pouvant influencer le résultat de l’expertise, affectant ainsi la crédibilité des conclusions. Si nous analysons l’histoire récente des autorisations, par exemple des pesticides, nous constaterons que les dommages sanitaires, démontrés dans des études épidémiologiques, ont comme origine l’exposition à des substances ayant reçu l’aval de l’expertise réglementaire.
Nous pourrions alors dire que les citoyens exposés à ces substances ont servi de cobayes à des industriels peu scrupuleux. En somme, tant qu’une substance n’a pas été démontrée dangereuse, elle est autorisée. Il y a ici une contradiction majeure avec le droit européen, sensé inverser la charge de la preuve : une substance est autorisée, seulement si la preuve de son innocuité est apportée ! Dans la suite, nous vous proposons des lectures pour enrichir votre compréhension de la problématique.

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Notes

[1Nous allons le voir aussi dans la section sur la toxicologie réglementaire

[2Une telle controverse sera l’objet de la première semaine de TD, en janvier

[3Agence d’expertise réglementaire de l’UE

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