La santé revisitée

L’individualisme méthodologique et Homo economicus

Nous pouvons toujours nous focaliser sur notre compréhension des causes pour concevoir l’action qui cherche à les maitriser. Mais, la société n’est pas non plus une notion univoque, comprise par tous de la même façon et la question des responsabilités vient troubler les débats. Dans une société faite d’individus indépendants, capables de poursuivre leurs finalités « égoïstes », bien sûr que la responsabilité reposerait sur l’individu. La puissance publique peut afficher des recommandations : ne faites pas ceci, faites plutôt cela…, en supposant que les individus « rationnels » ne peuvent que les observer. Quand ce n’est pas le cas, la faute revient encore aux individus, forcément ignorants ou irrationnels !
Reconnaissons que cette vision de la société consiste en une pure idéologie (le néolibéralisme), construite pour soutenir un modèle, celui de nos sociétés actuelles, pour autant reconnu comme générateur de toute une série de difficultés, de l’accumulation des polluants, au dérèglement climatique, pas seulement des externalités [1], mais aussi des conséquences de modes de vie qui ne sont pas remis en question.
Sans basculer dans les déterminismes, environnemental, économique ou social, tels que les humains n’auraient aucune prise sur le cours des choses, nous seront amenés à réfléchir à ce qu’est le « social », son évolution progressive et les aspects préscriptifs qui s’en dégagent. Plutôt qu’une société faite d’individus, nous nous intéresserons aux relations, entre individus et groupes sociaux qui la composent et qui ne cessent de se remanier. Nous privilégierons une vision relationnelle de la société, mais sous tension, car chaque groupe est susceptible d’agir, de tenter d’améliorer son sort, une quête pour une vie meilleure, forcément diverse, plurielle et en interaction avec d’autres.
Pouvons nous faire l’impasse sur les inégalités d’accès à un environnement de qualité, à des services essentiels (éducation, soins), à une source de revenus, inégalités qui restent criantes et montrent une aggravation, au fur et à mesure qu’une part de plus en plus grande des richesses est concentrée dans les mains d’un nombre de plus en plus réduit de personnes ? Nous découvrirons les raisons qui justifient que la justice sociale est un champ qui concerne la santé. Abandonnons aussi cette idée que les pollutions, la malbouffe, l’exclusion sociale, produits d’une société elle-même « malade » doivent se gérer comme des risques autoportants, sans jamais chercher à comprendre d’où ils viennent. N’est-ce pas des décisions socio-politiques, des choix sociétaux qui ont contribué à la situation présente [2] ? Un polluant atmosphérique ne peut être assimilé à un aléa naturel, qu’il convient de maitriser. Ce sont des modes de production et de consommation qui en sont responsables. De plus, les expositions aux différents facteurs de risque, n’ont rien de naturel, elles sont les conséquences des modes de vie et ceux-ci ne sont pas toujours issus de choix individuels. Ainsi, posons-nous la question du pouvoir d’agir, de la possibilité de réaliser des projets, du contrôle que chacun peut exercer sur le cours de sa vie, en accord avec ses valeurs. Sommes nous tous égaux sur ces plans ?

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Notes

[1Une notion qui sera traitée dans le cours d’économie

[2Bien qu’aucune décision, par elle-même, ne saurait être tenue pour responsable de l’évolution ultérieure

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