Environnement et expositions

Environnement, une fiction bien commode

Considérer que quelque chose nous environne, signifie qu’il est extérieur à nous. Quelle serait cette fameuse frontière, entre intérieur et extérieur ? Notre peau ? N’oublions pas que nous avons, à tout moment, des parts de milieu « extérieur », au sein du corps, dans les poumons ou le tube digestif. Il n’y a, en réalité, rien d’extérieur à nous et corrélativement, aucun environnement où nous ne serions pas inclus, nous formons système avec l’environnement. Notre corps est exposé en permanence à des conditions ambiantes, mais nous modifions aussi cet environnement, d’abord par notre métabolisme, puis de plus en plus par nos activités. Sinon, il n’y aurait pas de débat sur l’Anthropocène, la nouvelle ère géologique de la planète, dominée par l’activité des humains.
Il en découle que la notion abstraite d’environnement est conceptuellement fausse et nous avons oublié l’évolution des idées qui l’ont rendu possible, avec des chemins différents, entre pays et cultures. La pensée européenne, à un moment de l’histoire, a opéré une coupure, appelée par certains le Grand Partage [1], qui a consisté en un retrait de l’humanité de ce que nous nommons la Nature, définissant la Culture comme l’espace réservé aux humains, plus tant êtres de nature, mais en totale maitrise de leur sphère réservée, la culture. Cette séparation, toujours à l’œuvre aujourd’hui, a rendu possible l’aventure scientifique et la possibilité, résumée par le propos de Descartes : nous serons ainsi capables de nous rendre les maîtres et possesseurs de la Nature.
La domination incontestée de la pensée européenne, avec les progrès matériels qu’elle aurait permis, nous fait oublier qu’aucune autre culture, en Chine, au Japon, en Inde, encore moins celles que l’on appelle commodément indigènes, n’ont réalisé cette coupure. Comment alors progresser, en revenant sur nos conceptions, sans aborder un profond virage, un réexamen de ce à quoi nous avons à faire face, dans un monde en perpétuel changement, ce qui est l’état par défaut de tout système et non l’équilibre ou la stabilité [2] ?
Je propose que nous modifions notre compréhension de ce qui fait « environnement » et, pour ce qui concerne les socio-écosystèmes (les humains inséparables de leur lieux et modes de vie ou des conditions qui y règnent), préférer le terme environnements de vie, forcément multidimensionnels. C’est ici que nous retrouvons la notion de territoire, comprise dans l’acception géographique large et non de simples découpages administratifs. Le cadre de vie ou le bassin de vie, seront des notions centrales, quand nous aborderons la place des politiques urbaines et de l’aménagement, dans la 3ème partie du programme. Il y a un recouvrement partiel entre environnements de vie et territoire, si on s’intéresse seulement au contenu, mais ce sont les multiples dimensions de ces objets et les manières de les étudier qui vont nous intéresser.

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Notes

[1Certains le font remonter au 17ème siècle, mais les influences sont aussi antérieures

[2Je reprends ici une citation de l’écologue CS Holling, exprimée dans un article fondateur de 1973

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