Environnement et expositions

Avons-nous oublié des dimensions de l’environnement ?

Si vous considérez encore que nous avons une liste à compléter, la lecture de ce qui précède n’aurait servi à rien. J’ai pourtant insisté sur le caractère fictionnel de la compréhension usuelle de ce qui fait environnement. En clair, pour répondre à la question dans le titre, il faut nous tourner vers l’anthropologie, s’interroger sur qui nous sommes, sur les parts inséparables de nature (y compris la part animale, ce qui nous rapproche des autres êtres vivants) et de culture, avec tous les enseignements que peut nous apporter l’examen du passé. Attention, nous pouvons rapidement glisser vers des réflexions métaphysiques, sur le sens de notre vie sur Terre et, alors que je cherche à l’éviter.
Poser comme principe le caractère social de l’espèce humaine, ne fait nullement injure à nos « qualités » propres, ni à ce que l’humanité a accompli dans les 2-300 000 ans de son histoire. L’affirmation découle de notre héritage de l’évolution, des biais cognitifs de notre cerveau, de l’extraordinaire capacité à lire les états mentaux des autres (ou plutôt le langage corporel) et s’accorder à eux, ce que traduit l’empathie [1]. Le principe dérange les idéologues néolibéraux, car leur système de pensée, est basé sur un postulat qui semble contredit par les propositions précédentes. Ainsi, l’animal politique, dans la conception aristotélicienne, mû par un instinct de philia (traduit en français par amitié), qui conduit les humains à s’assembler, à agir de concert, a été transformé en individu poursuivant ses seuls intérêts égoïstes. La raison ne serait-elle pas simplement pour pouvoir justifier une vision politique différente, fondée sur l’identification d’un biais « naturel », intuitif disent les économistes, la fonction de maximisation de l’utilité, dont chacun serait doté ?
C’est au philosophe allemand Ernst Cassirer [2] que l’on doit l’expression d’Animal symbolicum, attribué à l’humain. Notre capacité à manier des symboles est incontestable (le langage et surtout l’écriture, une invention culturelle, en témoignent) et révèle une pensée abstraite dont ne seraient pas pourvus les animaux. Peu importe s’il s’agit d’une différence de degré ou de nature, en quoi le sujet nous intéresse-t-il ? La dimension symbolique est omniprésente dans bien des aspects de notre vie. Les symboles sont porteurs de sens et servent à toute une série d’identifications, à un lieu, une communauté (et ses symboles distinctifs), même un animal, dont on cherche à s’approprier un aspect de son caractère. Les symboles ont généralement des spécificités culturelles, mais ils peuvent aussi diffuser, en fonction des contacts entre cultures.
Chaque culture est porteuse aussi de codes esthétiques. La pensée occidentale, toujours empêtrée dans des conceptions platoniciennes, tend à confondre le Bon et le Beau. Nous développons tous des préférences esthétiques, reflet de notre groupe social, dans le temps et dans l’espace. Peu importe encore les influences du passé, notre attachement à des codes esthétiques, à des goûts, en matière d’habillement, de décoration, voire de paysages, reste une dimension incontournable, dès que l’on cherche à comprendre tous les déterminants du bien-être, au sein de nos environnements de vie.

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Notes

[1Une caractéristique dont sont dotées bien d’autres espèces, au delà des primates

[2Il a vécu à cheval sur les 19ème et 20ème siècles

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