Santé environnementale et santé publique

Santé environnementale et santé publique, des champs distincts ?

Il existe des auteurs qui présentent la santé environnementale comme une sous-branche de la santé publique, celle qui ne se préoccupe que des déterminants environnementaux. Ceci s’apparente à un projet de produire un vin nouveau, mais dans d’anciennes outres. Nous avons esquissé, précédemment, les contours de la santé environnementale, en commençant à rajouter un peu de chair sur les os. Si je reviens à ses actes fondateurs, dans les années 1960, que vous connaitrez dans un autre cours, on peut se questionner sur la nouveauté, face aux conceptions hippocratiques, que véhiculaient les hygiénistes depuis des siècles et qui ont produit un assainissement notable du milieu urbain. Cependant, nous aurions tort de négliger, tant les progrès en matière de connaissances, que l’identification de problèmes nouveaux, issus aussi de développements technologiques (exposition à de nouvelles substances, issues des progrès de la chimie, nouveaux polluants émis, par exemple avec la mobilité automobile, de nouveaux dangers comme le nucléaire). Le champ des connaissances, la structuration sociale et les moyens de production connaissent des évolutions et génèrent de nouvelles circonstances et possibilités d’atteintes de la santé.
Autre difficulté, sommes-nous capables de définir ce qu’est la santé publique, sans savoir quand et comment (face à quelles problématiques, à un moment donné de l’histoire) elle se différentie ? Didier Fassin, dans son ouvrage Faire de la santé publique, mentionne l’existence d’une soixantaine de définitions différentes, mais propose de partir de celle publiée en 1920, par Charles-Edward Winslow. La voici : « La santé publique est la science et l’art de prévenir les maladies, de prolonger la vie et de promouvoir la santé et l’efficacité physiques à travers les efforts coordonnés de la communauté pour l’assainissement de l’environnement, le contrôle des infections dans la population, l’éducation de l’individu aux principes de l’hygiène personnelle, l’organisation des services médicaux et infirmiers pour le diagnostic précoce et le traitement préventif des pathologies, le développement des dispositifs sociaux qui assureront à chacun un niveau de vie adéquat pour le maintien de la santé. »
Nous y retrouvons, avec quelques variations sur les formulations, les finalités de la santé environnementale, esquissées précédemment.
Il n’y aurait, en définitif, aucune nouveauté. Tout avait déjà été dit. J’ai toujours soutenu que d’essayer de comprendre un vaste champ, au travers d’une définition discursive, ne nous donne accès, ni aux conceptions, ni aux savoirs, encore moins les pratiques à mettre en œuvre. L’évolution du terme même de santé, les changements au sein de la société, sous l’influence de l’économie, dont les besoins semblent toujours primer dans les choix politiques, devrait nous rendre prudents. Le concept de santé publique est-il le même qu’à la fin du 18ème siècle, quand elle a donné lieu à une création institutionnelle, alors que la compréhension de ce qui fait santé a profondément changé, voire même qui continue de se modifier ?

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