Une rapide récapitulation, avant d’aborder la suite

Ce cours introductif peut sembler comme un enchainement d’interrogations ou de remises en question, sans laisser percevoir un fil conducteur précis. Je rétorquerais que si nous ne délimitant pas notre domaine, en préciser les enjeux et les concepts, pour passer aux démarches et méthodes, nous pourrions nous perdre. En revisitant les concepts de santé et d’environnement, il ne s’agissait pas de montrer nos lectures diverses, mais plus insister sur leur sens mouvant, les compréhensions multiples qui génèrent des controverses. La clarté conceptuelle et la capacité à représenter les problèmes dans leur réalité dynamique, évolutive, sur les plans cognitif, culturel, social, politique, nous permet de trouver notre place dans un champ complexe et pas nécessairement aussi stabilisé que l’on le croit.

Première question : en acquérant des compétences en santé environnementale serons nous amenés à pratiquer la santé publique ? Si l’on se réfère aux objectifs de cette dernière, la réponse est oui. En tant que professionnels, inscrits dans le champ de la santé/bien-être, il s’agit de partir de faits inscrits dans les corps (du mal-être à la maladie), nous dirions des faits de nature, pour « fabriquer » un fait de culture qui sera qualifié de problème de santé publique. On comprend mieux les connotations moralisatrices de son discours. Mais, la santé environnementale, posée d’emblée comme croisement de perspectives et d’enjeux part d’un état de la santé/bien-être contextualisé, pour aborder l’ensemble des causes (nous adopterons dans la suite le terme de déterminants), y compris distales, en amont. Il nous faut identifier les forces motrices des problématiques et non les symptômes. Les praticiens de la santé environnementale ne se limitent pas aux professionnels de santé publique, avec leurs formations et l’insertion dans un domaine administratif normé. Il s’agit de se positionner comme facilitateur de convergences, promoteurs de la transversalité (intersectoralité) de l’action. Plutôt que de se limiter à une place spécialisée, par exemple pour l’évaluation ex ante des impacts sanitaires de projets, il faut chercher le positionnement plus stratégique, au sein de réseaux multi-professionnels, afin de soutenir un virage des politiques aux visées sectorielles, vers des options qui soutiennent la santé et le bien-être des populations, comme finalité commune.
Deuxième question : la santé environnementale vise-t-elle seulement l’amélioration de l’état sanitaire de populations dans leurs environnements de vie ? Face aux multiples enjeux actuels, soutenabilité, dérèglement du climat, perte de biodiversité, par exemple, ne risquons-nous pas, une fois de plus, de créer des nouvelles fermetures, des champs (soigneusement) circonscrits qui s’empilent et ne communiquent pas ? Ma réponse serait que si nous en restons aux schémas et approches du passé, le risque est réel. Beaucoup de bruit pour rien. Nous aurons l’occasion de découvrir à quel point la santé peut devenir un prisme pour aborder le développement durable. Elle peut aussi trouver sa place dans la recherche de la résilience, aider à explorer les conditions qui permettent aux communautés de résister aux chocs futurs. Promouvoir des communautés, inclusives, soutenables, résilientes et en santé, tel qu’affiché désormais par l’OMS, relève bien de la santé environnementale et nous essayerons de l’illustrer.

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