Les impacts sanitaires du bruit

Les impacts sanitaires de l’exposition au bruit sont divers, comprenant l’impact sur l’audition, les effets dits « extra auditifs » (effets sur le sommeil, sur la sphère végétative, sur le système endocrinien, sur le système immunitaire, sur la santé mentale), les effets subjectifs (gêne due au bruit, effets du bruit sur les attitudes et les comportements, effets sur les performances, effets sur l’intelligibilité de la parole). Les effets liés aux multiexpositions au bruit (expositions cumulées) et aux expositions combinées du bruit avec d’autres sources de nuisances (bruit et agents ototoxiques,
bruit et chaleur) demeurent mal connus. Certaines populations présentent une vulnérabilité particulière à l’exposition au bruit : enfants en milieu scolaire en phase d’apprentissage, travailleurs exposés simultanément à des nuisances ou médicaments de différents types (solvants aromatiques, monoxyde de carbone et acide cyanhydrique, antibiotiques, diurétiques, acide acétylsalicylique, anti-tumoraux), personnes âgées et personnes touchées par une déficience auditive, appareillées ou non.
Les coûts économiques des impacts sanitaires du bruit comprennent le coût des réductions, voire des suppressions de bruit, jusqu’au coût des traitements médicamenteux pouvant être associés à une exposition au bruit.

Effets auditifs

La soumission au bruit de l’appareil auditif se traduit par la fatigue auditive et la perte auditive, qui sont toutes deux « évaluées actuellement par une audiométrie tonale liminaire sur la gamme des fréquences audibles », les « pertes étant exprimées en dB HL (hearing level) par rapport à une population normale standard (mesures selon normes AFNOR S 30-007 et ISO 389) ». Les audiogrammes permettent ainsi de mettre en lumière les effets de perte ou de fatigue auditives. Il existe des facteurs de susceptibilité interindividuelle au bruit. Il est aujourd’hui difficile de faire la part des pertes auditives strictement liées au bruit et peu de données épidémiologiques existent sur les surdités exclusivement liées au bruit. De plus, « chaque étude utilise un mode d’évaluation de la surdité différent, ce qui rend la comparaison des populations difficiles ». Les besoins en matière de recherches épidémiologiques sont donc importants.

Effets extra-auditifs

Les effets extra-auditifs du bruit, nombreux, sont difficiles à attribuer de façon indéniable et univoque au bruit en raison de l’existence de nombreux facteurs de confusion. Ils sont appréciés soit par des mesures objectives (par exemples les mesures électrophysiologiques : électroencéphalographie, électrooculographie et/ou des paramètres des systèmes végétatifs : fréquences cardiaque et respiratoire ; les modifications de concentrations hormonales...) ; soit par des mesures subjectives (appréciation de la qualité du sommeil par des questionnaires appropriés...). Nous indiquons à quels niveaux de bruit (en dB) les troubles se manifestent, selon diverses études. L’OMS a proposé en 2000 des valeurs guides (exposition mesurée à travers deux descripteurs : un descripteur énergétique et un descripteur événementiel)
relatives aux effets spécifiques du bruit sur la santé et dans des environnements spécifiques (intérieur des logements, intérieur des chambres à coucher, salles de classe et jardins d’enfants, etc.). Diverses études mettent en évidence des différences interindividuelles de la sensibilité au bruit nocturne (différences de seuils de réactivité aux bruits). Les travailleurs de nuit constituent une population particulière du fait de leur exposition pendant le sommeil au bruit diurne.
Les résultats des études conduites dans le champ des effets extra-auditifs du bruit ne sont quant à eux pas congruents. Les effets du bruit sur la santé mentale sont encore plus difficiles à étudier. On utilise comme indicateur de corrélation entre exposition au bruit et santé mentale la consommation médicamenteuse. Les études concernant la santé mentale de l’enfant aboutissent à des résultats contradictoires. Les difficultés méthodologiques très importantes de tels travaux relèvent essentiellement de la difficulté à dissocier les effets liés au statut socioéconomique et les effets liés
au bruit.

Effets subjectifs

L’établissement des liens entre effets sanitaires subjectifs et niveaux d’exposition au bruit est très difficile. Les paramètres utilisés pour la mesure physique des bruits (intensité énergétique, durée, fréquence, etc.) semblent insuffisants pour exprimer la très grande variabilité des réactions individuelles. Les réponses individuelles aux bruits sont en effet éminemment subjectives, variant en fonction de prédispositions physiologiques et psychologiques individuelles et selon les diverses sources.
Un très grand nombre d’enquêtes sociales ou socio-acoustiques a été mené depuis près de 60 ans afin d’étudier la gêne due au bruit. Or « l’utilisation de différents types d’échelle ainsi que des formulations variées ont rendu difficile la comparaison des résultats d’enquête, surtout sur le plan international ». Pour ces raisons, des travaux ont été conduits afin de faire des recommandations concernant la conception des enquêtes sur la gêne due au bruit et plus particulièrement sur le choix
des échelles de gêne ainsi que sur la formulation et la structure des questions à poser aux personnes enquêtées. Ces travaux ont été repris dans ceux du Groupe de travail 49 de l’ISO (ISO/TC43/SC1) qui a proposé en 2000 un projet de recommandation relatif à l’évaluation de la gêne due au bruit adopté en 2003 (ISO, 2003). Ces enquêtes ont montré pour la plupart « qu’il est difficile de fixer le niveau précis où commence l’inconfort et ont souligné le caractère variable du lien existant entre les indices de gêne et l’intensité physique du son ». Des relations « dose-réponse » (European Commission, 2002) ont cependant pu être établies entre niveaux d’exposition au bruit (notamment
de transport) et gêne individuelle. L’indicateur utilisé dans ces travaux est le Lden en façade. Cependant les corrélations entre niveaux d’exposition et gêne individuelle, bien que significatives, sont relativement faibles. Ainsi le bruit n’expliquerait au mieux que 30 à 40 % de la gêne exprimée, bien d’autres facteurs non acoustiques de modulation intervenant dans la réaction individuelle. Les relations entre bruit et troubles du comportement sont étudiées soit sur le terrain, soit par des travaux en laboratoire. Les mécanismes de ces phénomènes ne sont aujourd’hui pas élucidés.

Estimation des impacts sanitaires liés au bruit en Ile-de-France

Pour l’agglomération parisienne, les cartes d’exposition au bruit ont permis d’obtenir une estimation du fardeau lié au bruit des transports (voir le lien internet au bas de la page). Dans cette étude, les impacts pris en compte sont : les troubles du sommeil, la gêne, l’infarctus du myocarde et les acouphènes. Les résultats montrent que près de 75 000 années de vie en bonne santé sont perdues chaque année dans l’agglomération parisienne du fait du bruit lié aux transports. Le trouble du sommeil représente à lui seul la perte de plus de 44000 années de vie en bonne santé. La gêne est le deuxième effet sanitaire entrainant la perte annuelle de près de 30 000 années de vie en bonne santé. Les infarctus ou les acouphènes représentent une part moins importante des années de vies perdues du fait de l’exposition au bruit. 

2 Messages de forum

  • Les impacts sanitaires du bruit 17 janvier 2012 15:03

    Comment se manifeste la fatigue auditive ?

    Répondre à ce message

    • Les impacts sanitaires du bruit 17 janvier 2012 19:57, par Yorghos Remvikos

      Cette page n’est pas de moi, donc je ne peux répondre précisément. Logiquement, je suppose que l’auteur fait référence aux acouphènes, un des effet reconnu de l’exposition à des niveaux élevés du bruit. Il s’agit d’une perte sélective de certaines parties de l’oreille interne, avec perte de quelques fréquences.

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Voir en ligne : Impact sanitaire du bruit des transports dans l’agglomération parisienne

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