Circonstances d’exposition involontaire

Cette catégorie comprend de nombreuses situations hétérogènes, dont la caractéristique principale est d’occasionner une exposition de populations à une pollution générée au cours d’une activité. Il ne faut pas confondre imprévisible et involontaire. En effet, la population qui vit en un lieu où la pollution atmosphérique est élevée, se trouve exposée involontairement. Les origines de cette pollution peuvent être connues (sources industrielles ou trafic automobile par exemple) depuis longue date. Seulement, la reconnaissance de l’importance des impacts sanitaires dus à cette pollution n’est intervenue que plus récemment.

Pour continuer sur l’exemple de la pollution atmosphérique, l’épisode du smog de Londres de décembre 1952, avec ces 12000 victimes, a agit comme un révélateur sur les effets aigus des polluants comme de dioxyde de soufre. Nous savons aujourd’hui que les impacts de la pollution de l’air en termes de maladies chroniques (affections respiratoires, allergies, cancers) ont largement pris le dessus.

Ce qu’il faut réaliser c’est l’ampleur des études nécessaires pour mettre en évidence les impacts sanitaires qui nécessite le recueil de données sur la santé des populations à une grande échelle et l’existence de réseaux de mesures des différents polluants. En effet, dans ces cas seules les études épidémiologiques sont susceptibles de contribuer à l’état des lieux des connaissances. Certes, les études expérimentales peuvent venir en appui de la plausibilité mécanistique (voir les critères de Bradford-Hill), mais mêmes pour établir les relations dose-effets, il faudrait avoir recours à des études au niveau des populations.

La méthodologie pour ce type de démarche qui porte le nom d’évaluation des impacts (et non évaluation des risques) sanitaires, a été élaborée par l’OMS [1]. Il existe aujourd’hui des packages logiciels permettant de la mettre en œuvre. Le premier niveau consiste à obtenir des corrélations entre les données sanitaires (hospitalisation pour des pathologies données) à des dates correspondant à des niveaux de pollution connus. Ainsi, on évalue les impacts aigus, exprimés sous forme de surmortalité ou d’augmentation des hospitalisations pour une cause donnée (respiratoire par exemple). Pour les effets chroniques on doit disposer d’une fonction exposition-risque, obtenue à partir d’une large étude épidémiologique de référence. Ceci se présente sous forme d’une ligne droite, dont la pente exprime l’indicateur sanitaire (mortalité ou morbidité sous forme de cas de pathologies cardiorespiratoires ou de cancers du poumon pour la pollution atmosphérique), en fonction du niveau de l’indicateur de pollution (p.ex. concentration en particules fines (PM2,5). En clair, pour chaque lieu et à partir de son niveau de pollution moyen, il est possible de calculer la réduction de la mortalité ou de la morbidité, en fonction de l’abaissement du niveau de pollution. Ceci revient à exprimer le nombre de pathologies évitées pour chaque scénario de réduction de la pollution, comme le montre la figure ci-contre.

12 Messages de forum

  • Bonjour Monsieur,
    La dernière phrase de cette page me pousse à vous poser une question qui est la suivante :
    Comment arrive t-on à donner un nombre exact de cas de personnes souffrantes d’une maladie sans qu’elles ne se rendent compte ?
    Par exemple, on dit qu’en France, 5000 (pardon si je me trompe) personnes vivent avec le virus du SIDA sans le savoir.
    A partir de quelles statistiques ?

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    • Circonstances d’exposition involontaire 9 décembre 2011 20:49, par Yorghos Remvikos

      Les situations ne sont pas comparables. L’exemple cité sur la page concerne des gens qui sont bien morts, dont on essaye d’attribuer la cause (la pollution atmosphérique). La conclusion est que si on vit dans une ville polluée, nous perdons des mois d’espérance de vie (même si on ne se rend pas compte).

      Pour les patients séropositifs, le calcul est fait après sondage. La prévalence du virus a été peut être établie sur une population donnée. Le reste n’est qu’extrapolation.

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  • Bonsoir Professeur,

    Pouvez-vous m’expliquer svp si le choix de l’utilisation de l’évalution des risques ou de l’évaluation des impacts se fait :
    a) selon la recherche de l’évaluation d’une exposition actuelle/future ou passée ?
    b) selon le type d’expostion (volontaire ou involontaire) ?

    Merci.

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    • Circonstances d’exposition involontaire 5 février 2012 14:36, par Yorghos Remvikos

      Par exposition volontaire, il faut comprendre maîtrisable. Ceci signifie que l’évaluation des risques (sur les données passées et les scénarios prospectifs) permet au décideur d’établir un seuil de sécurité.

      Dans le second cas, il n’y a pas de situation de référence. Pour la pollution atmosphérique, on ne peut comparer que des territoires plus ou moins pollués, en essayant de proposer une relation exposition - effet. Il est possible, par approche contrefactuel (c’est-à-dire scénario hypothétique, ou si on arrivait à abaisser la pollution d’une fraction donnée) les gains escomptés (tant de cas incidents de pathologies cardiopulmonaires évités).

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  • Bonjour Professeur, sur le portfolio on voit qu’une reduction de PM 2,5 à 15µg/m3 provoque plus de morts qu’à une reduction à 20µg/m3, comment expliquez-vous cela ? Merci d’avance

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    • Circonstances d’exposition involontaire 17 novembre 2012 20:07, par Yorghos Remvikos

      C’est vrai que l’ordre des lignes n’est pas logique. Je n’ai fait que traduire la figure d’un rapport. Cependant, si vous lisez bien :
      - Réduction à 15, plus de mort évitées que,
      - Réduction à 20 μ/m3

      Il faut lire réduction jusqu’à atteindre la concentration de 20 ou 15 μ/m3.

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      • Circonstances d’exposition involontaire 27 novembre 2012 14:36, par Ngo Batiig Dorothee

        Bonsoir professeur , malgré votre réponse , je suis toujours perplexe.Voulez vous dire que si on réduit la concentration jusqu’à atteindre 20 µm3 on a davantage de morts que lorsque qu’on réduit la concentration jusqu’à la valeur 15 ? et pourtant le nombre de morts est toujours plus élevé pour cette dernière valeur ? Et ceci semble ne pas concorder avec le cas de la valeur 3,5 .Veuillez m’éclairer s’il vous plait.

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        • Circonstances d’exposition involontaire 28 novembre 2012 07:53, par Yorghos Remvikos

          Comme la méthodologie est présentée au second semestre, l’intention ici était de simplement introduire la question. J’ai reformulé le dernier paragraphe, en fournissant des précisions sur le calcul. L’expression classique des résultats se fait par comparaison à la situation habituelle de niveau de pollution d’une ville (dans l’exemple de la figure. Ainsi, pour chaque scénario de réduction de la pollution on calcule un gain sanitaire (mortalité évitée par exemple). Si on abaisse de 3,5 µg/m3, le gain sera inférieur que si on abaisse à 20. Il sera maximal si on arrive à un niveau de pollution de 15. En espérant que c’est plus clair.

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  • Bonsoir Professeur.
    Est-ce que je peux avoir des noms de packages logiciels pour l’évaluation des impacts comme indiqué dans le dernier paragraphe ?
    Merci.

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    • Circonstances d’exposition involontaire 20 novembre 2014 17:01, par Yorghos Remvikos

      Si je les mentionne, c’est pour mémoire. Je considère que l’existence de ce type d’outils tend à faire penser que les risques sont modélisables de manière simple, comme des simples équations à solution unique. Ici nous portons une vision systémique, qui prend en compte les nombreuses incertitudes, inhérentes à la complexité des situations, dans la très grande majorité des cas. Je ne conseille pas ce type d’outil, mais je ne peux me permettre de les passer sous silence.

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  • bonsoir professeur

    J’ai une question qui est peut être hors contexte :
    - dans le cadre de terrorisme, de guerre (militaire par exemple) peut on parler d’exposition involontaire ?
    - quels sont les mesures ?
    - Y a t’il un classement et des mesures de protection mit en place ?
    - une population exposé aux pesticides lié des vignes ou un agriculture qui se trouve à proximité ou à 5 km par exemple

    Dans l’ensemble des exemples peut ont parlé d exposition involontaire ?

    Bonne soirée

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    • Circonstances d’exposition involontaire 22 octobre 2016 12:25, par Yorghos Remvikos

      La question n’est pas hors contexte. Simplement, la guerre ou le terrorisme peuvent être vus comme circonstances exceptionnelles. Néanmoins, le thème de l’insécurité fait partie des déterminants de la santé, ce qui permet d’élargir notre cadre de pensée. Pour donner un exemple de réponse, il faut prendre l’exemple de l’organisation de la sécurité civile au Royaume Uni pendant la deuxième guerre mondiale. Le concept que nous pouvons utiliser est celui de la résilience des populations, mais celui-ci est un peu à la marge du programme de SSEnTS.

      Le cas des pesticides est plus intéressant et complexe. L’autorisation de mise sur le marché se base sur une évaluation des risques, ce qui signifie que les expositions sont considérées comme volontaires, dans le sens où les autorités considèrent avoir obtenus des garanties de sécurité, au travers des conclusions de l’évaluation des risques. Il se trouve que l’application des pesticides génèrent des émissions atmosphériques de ceux-ci et donc des expositions via l’air que l’on respire, qui rentrent dans la définition des expositions involontaires à cette partie volatilisée et qui est parfaitement détectable par les capteurs sur les toits de Paris au moment des campagnes d’application.

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Voir en ligne : Site de l’OMS sur l’EIS (en anglais)

Notes

[1Elle sera présentée plus en détails au second semestre

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