La gêne liée au bruit englobe les réactions négatives face à une agression

La littérature sur les impacts sanitaires de l’exposition au bruit environnemental remonte avant les années 60. Le terme d’annoyance, traduit par gêne en français, apparaît dès 1964. Il correspond à la reconnaissance de composantes psychologique et sociale dans la construction de la réaction face au bruit des individus ou de communautés, ne pouvant être étudiée que par des enquêtes de terrain. C’est Theodore Schultz (1978) qui pour la première fois a tenté d’exploiter les résultats d’une série d’enquêtes, concernant différentes sources de bruit. Il a postulé que malgré la dispersion des résultats, il était possible de générer des courbes exposition-réponse « moyennes », à partir de ces enquêtes. Ces considérations théoriques l’ont conduit à se focaliser sur la catégorie très (ou hautement) gênée (highly annoyed) pour tracer la courbe qui synthétise l’ensemble des résultats. Karl Kryter a contesté le premier l’hypothèse de Schultz, sur son bien fondé même, en argumentant, entre autres, que l’ensemble de la population gênée devrait être prise en compte (Kryter 1982). Il est aussi un des rares auteurs a avoir insisté sur l’importance de la prise en compte de facteurs locaux d’atténuation de bruit, plutôt que de comparer seulement les mesures physiques prises en façade des bâtiments (voir p.ex. Kryter 2009).

La notion de gêne différentielle exprimée en fonction des sources du bruit date de la même époque (années 80), conduisant à la notion de malus à appliquer pour le bruit des avions. En parallèle, nourries par les travaux sur le stress, plusieurs auteurs ont commencé à approfondir la notion de gêne et ses différentes composantes. Notons qu’un son devient bruit en conséquence d’appréciations individuelles, de jugements. La théorie du stress a été mise à profit pour pouvoir répondre à des questions essentielles sur ce qu’est la gêne, comment elle est générée et comment elle pourrait évoluer.

A la première question il a été répondu que la gêne est une réaction globale (résultat d’appréciations cognitives), dépendant de facteurs acoustiques (dont le niveau sonore), mais aussi, pour une grande partie de facteurs non-acoustiques. Nous verrons par la suite que de nombreux facteurs ont été proposés comme potentiellement modificateurs de la gêne exprimée. Pour répondre à la deuxième question, il a fallu faire appel aux connaissances de la neuropsychoendocrinologie du stress. Ce même corpus théorique fourni des bases pour comprendre l’évolution possible de la gêne, en fonction de l’aptitude de chaque individu a s’adapter ou faire face à l’agression qu’est le bruit.

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