Question sur : Usines d’incinération d’ordures ménagères : risques et acceptabilité En réponse à :

Sujet : Usines d’incinération d’ordures ménagères : risques et acceptabilité

R�pondu le mercredi 4 mars 2015 par Gaudel Marion

Selon le document d’information élaboré par l’Invs sur les dioxines et les incinérateurs, il est actuellement difficile, en l’état des connaissances actuelles, d’affirmer qu’une exposition de la population à de faibles doses, comme c’est le cas des populations résidant à proximité d’une usine d’incinération d’ordure ménagère (UIOM), n’entraine pas d’effets sur la santé.
En effet les résultats faisant consensus sont issus d’études épidémiologiques concernant des populations exposées à de fortes doses ou bien exposées à de multiples polluants, et les études épidémiologiques portant sur des populations exposées à faibles doses ne montrent pas d’association ou bien présentent des résultats contradictoires. D’autant plus que plusieurs difficultés méthodologiques limitent la démonstration du lien de causalité entre l’exposition et la maladie.
Ainsi, les résultats de l’étude cas-témoin réalisée à proximité de l’UIOM de Besançon, en dépit de limites méthodologiques en lien avec l’élaboration du modèle de diffusion atmosphérique de la dioxine, sont en faveur d’une association entre l’exposition environnementale à la dioxine et la survenue de lymphomes malins non hodgkiniens.
Toutefois, ces résultats prennent en compte une exposition à la dioxine plus élevée que celle actuelle puisque l’obligation réglementaire de moyens pour limiter les émissions date de 1991 et que l’obligation de résultats (respect une valeur limite de rejet 0,1 ng I-TEQOTAN/m3 pour toutes les usines d’incinération) n’a été applicable que fin 2005, alors que la période de réalisation de l’étude épidémiologique est antérieure à 2005.

En matière d’acceptabilité, l’exemple du projet d’incinérateur à Fos sur Mer illustre bien les questions et rejets que peut susciter parmi la population l’implantation d’une UIOM. Au-delà du débat concernant la nécessité ou non d’implanter une UIOM sur le territoire et du conflit sur le respect de la démocratie participative qui sont spécifiques au cas de Fos sur Mer, la crainte de la population vis à vis de la pollution que génère l’UIOM, d’autant plus quand elle s’ajoute à d’autres pollutions, s’oppose au principe souhaité par les autorités publiques qui veut qu’un territoire défini accepte une contrainte pour apporter un bénéfice sur un territoire plus large.
Les auteurs d’une étude menée par la Direction des études économiques et de l’évaluation environnementale, en analysant les montants que des personnes interviewées sont prêtes à payer pour déplacer une UIOM en projet ou déjà installée, mettent en évidence « le syndrome NIMBY : on est prêt à payer bien davantage pour éviter de subir des nuisances, que pour supprimer des nuisances déjà subies ». De plus, la proportion de personnes interviewées prêtes à payer pour déplacer à 40km de chez elles un projet d’incinérateur est de 65% contre 29% de personnes prêtes à payer pour fermer l’incinérateur, le déplacer à 40 km et ainsi éliminer les nuisances subies parmi des personnes résidant déjà à proximité d’une UIOM.
Les résultats de cette étude et l’exemple de Fos sur Mer témoignent de la motivation et de l’investissement que peut engendrer au sein d’une population donnée la lutte contre un projet générant une pollution, tandis qu’un tel projet une fois mis en place peut être mieux accepté. Cela relève encore une fois de l’importance d’une communication sincère auprès de la population lors de la mise en place d’un tel projet sur son impact environnemental et sanitaire, ainsi que la prise en compte de l’avis de la population bien en amont de la mise en place projet, c’est-à-dire de l’identification d’un problème et des différentes solutions envisageables, jusqu’au choix de la plus adaptée et à la construction du projet.

Enfin, les considérations sur le risque et l’acceptabilité des UIOM interrogent plus largement sur la notion d’application d’un principe de précaution lorsque les connaissances scientifiques sur les impacts sanitaires sont limitées, et sur la recherche d’alternatives aux UIOM qui s’inscriraient davantage dans une dynamique de développement durable (par exemple création de centres recyclage et de production d’énergie).


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