Question sur : Usines d’incinération d’ordures ménagères : risques et acceptabilité En réponse à :

Sujet : Usines d’incinération d’ordures ménagères : risques et acceptabilité

R�pondu le samedi 12 janvier 2013 par Legendre Anne-Laure

Dans un projet tel que l’implantation d’équipement d’incinération des déchets, les autorités et porteurs de projets se retrouvent confrontés à des problématiques de différents ordres.

Il y a tout d’abord une réalité environnementale : les UIOM émettent de nombreux polluants dans l’atmosphère, et le cas particulier des dioxines indique qu’elles peuvent polluer les sols environnants et contaminer la chaîne alimentaire. Pourtant d’un autre côté, l’accumulation des déchets mis en décharge pose également des problèmes d’ordre environnemental et sanitaire. On a tenté d’y répondre par le biais de l’incinération, technique désormais encadrée par des normes strictes en matière de limitation de la pollution. Malgré cela, les UIOM ont souvent mauvaise réputation et le débat reste entier, notamment au travers des points suivants :

1) Des accidents comme celui de Seveso ont révélé le pouvoir fortement cancérigène des dioxines, en particulier de la 2,3,7,8-TCDD. Malgré de nombreuses études épidémiologiques et expérimentales, tous les congénères ne sont pas reconnus comme cancérigène au même titre que la dioxine Seveso.

2) Concernant les effets à faibles doses, les résultats sont encore plus controversés mais des études comme celle de Besançon suggèrent une corrélation entre exposition environnementale à la dioxine et la survenue de cancers. Cette étude a nécessité le développement d’un modèle pour la diffusion atmosphérique des polluants puis la validation de ce modèle en le comparant aux concentrations réelles de dioxines dans les sols. Toutefois pour les dioxines il existe un vrai problème dans l’établissement de la relation entre exposition et pathologie : la principale voie d’exposition est la voie digestive et suppose donc d’estimer le paramètre origine et la nature des denrées alimentaires consommées, donnée individuelle extrêmement variable et difficile à appréhender.

3) Par ailleurs, l’étude D4E rappelle qu’autour de la question des incinérateurs, on retrouve la notion de nuisance ressentie par la population locale. Globalement, il existe une forte réticence vis à vis de ces installations, alimentée par les épisodes de pollution, le manque de transparence sur les émissions de nombreuses UIOM et une médiatisation alarmiste du sujet. Or on observe que ces réticences sont d’autant plus fortes que l’incinérateur est loin. C’est aussi ce que traduit le phénomène NIMBY, lorsque des riverains refusent de subir les nuisances possibles associées à une installation. Dans le cadre de l’étude D4E, cette perception de nuisance a été monétarisée afin de déterminer la somme que les riverains pourraient accepter en dédommagement des nuisances subies à cause de l’incinérateur.

4) Etant donnés le manque de consensus autour des risques à long terme d’une exposition aux dioxines et la complexité des enjeux et des intérêts des différents acteurs il est essentiel dans le cadre de projets en lien avec l’ouverture et la gestion d’UIOM de jouer la carte d’une approche démocratique et transparente. Fos –sur-Mer en est un contre-exemple, où la méfiance et les tensions ont été cristallisées car un projet d’implantation d’UIOM a pu avancer malgré l’opposition largement partagée par les riverains.

Ces différents points illustrent la nécessité d’une approche participative et citoyenne de la gestion du risque sanitaire. Il en va d’une meilleure acceptabilité de ce type de projet. Enfin, on peut également réfléchir de manière encore plus globale au problème autour des dioxines en réfléchissant par exemple à la réduction des émissions de polluants en amont, via une réduction de la quantité et de la dangerosité des déchets, en reconsidérant nos modes de consommation. C’est d’ailleurs un des axes mis en avant par la D4E pour améliorer les performances des UIOM et réduire l’exposition des populations. L’éducation et la responsabilisation du consommateur, pourraient contribuer à atténuer le phénomène NIMBY du fait d’une meilleure compréhension du cycle de vie des produits et les implications de chaque acteur tout au long de la chaîne.


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