Collapsologie et transitions : quels liens ?

Dès l’introduction, j’ai posé la question de l’effondrement des civilisations comme faisant partie ou non des transitions. En effet, une certaine manière de traiter les transitions comme des changements/substitutions socio-techniques, tend à nous enfermer dans des considérations réductrices. Les classiques représentations sous forme de courbes sigmoïdes suggèrent que les transitions sont toutes dans le même sens (progressives), alors que vues sur le long terme elles font apparaitre des retournements. Des préjugés seraient à l’œuvre ? Vous pourrez chercher des exemples : la vapeur a bien remplacé la voile, mais la voile est-elle morte ? Idem, pour les tramways dont les rails ont été démontés dans l’entre deux guerres et qui connaissent une renaissance aujourd’hui.
Le cas de Rome nous offre plein d’enseignements, tant sur sa montée en puissance, les multiples difficultés auxquelles il a fallu faire face, jusqu’à ce qu’elle soit submergée sous les coups des conditions climatiques [1], l’arrivée de germes, origines de pandémies et les ennemis, toujours en alerte aux frontières, guettant tout affaiblissement des défenses pour piller, bruler, massacrer...
Nous voyons apparaitre un lien entre les conditions climatiques (via leur impact sur les ressources) et les conflits qui sont augmentés en temps de crise (il y a moins à partager), avec des conséquences sur la vie sociale. Surtout, ce sur quoi je veux insister, porte sur la complexité des forces qui propulsent le développement des humains et que certaines disciplines sont tentées de simplifier, pour imposer leurs explications. Si j’ai insisté sur les superstitions qui se renforcent dans les discours en cas de crise, il faut le comprendre par la capacité de l’humain à associer toute crise de nature matérielle, à des origines morales.
Dans nos sociétés sécularisées d’aujourd’hui avons-nous dépassé ce stade ? C’est ici qu’il faut considérer l’agentivité des idées et des connaissances qui évoluent. Elles n’apparaissent pas par hasard, pour s’évanouir ensuite. Chaque contexte influence les idées, en empruntant au passé, mais en le transformant dans des circonstances sans cesse changeantes. Si une modalité technique se développe à un moment donné, c’est qu’elle a été rendue possible grâce à d’autres nouveautés (elle est contingente), enlevant tout déterminisme stricte dans l’histoire et mettant à mal la notion de progrès continu. La civilisation industrielle ou celle du monde numérique d’aujourd’hui pourraient-elles s’effondrer ? Pouvons-nous faciliter toute transition en minimisant la violence et les conflits ou allons-nous subir les conséquences de forces que nous avons déclenché et que l’on ne peut plus contrôler ?

Notes

[1Nous avons pu ainsi en analyser divers aspects ou facteur d’influence, surtout à court et moyen terme

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