La gêne comme médiateur d’autres « end-points » sanitaires

Sans revenir sur les conditions qui ont conduit au choix de la mesure de la gêne liée au bruit par des enquêtes socio-acoustiques, en tant qu’effet sanitaire per se (un choix intégré dans la directive END de 2002), il est intéressant de discuter de sa valeur relative en comparaison aux « end-points » sanitaires plus classiques, tels que la perturbation du sommeil, la santé mentale ou les pathologies cardiovasculaires. Remarquons d’emblée que le rapport de l’OMS sur le fardeau global en maladies montre que la gêne a une très forte contribution en termes de pertes d’années de vie en bonne santé (exprimée en DALYs). Les chiffres sont éloquents : 654 000 DALYs pour la gêne, contre 61 000 pour les maladies ischæmiques du cœur (WHO 2011, lien vers le texte ci-contre). C’est la perturbation du sommeil qui arrive en premier avec plus de 900 000 DALYs. Evidemment, le choix des facteurs d’incapacité introduit des incertitudes dans le calcul, mais les écarts restent très importants.

Dans une revue sur l’impact des réactions subjectives sur la relation bruit - santé, l’auteur soulignait que certains composants de la réaction négative sont liés à des effets sur la santé, perturbation du sommeil, santé mentale, etc. Il insistait sur le fait que les données de corrélations rapportées dans la littérature ne permettaient pas d’inférer le sens de la causalité. En conséquence, la figure proposée pour synthétiser ces relations montre des flèches dans les deux sens. De manière générale, le lien entre stress mental (quelques soient les causes) et pathologies cardiovasculaires semble clairement établi.

Dans le rapport final sur les effets du bruit et la morbidité, élaboré dans le cadre de l’étude LARES de l’OMS, l’influence de la gêne sur les risques relatifs de développer différentes pathologies a été étudié. La gêne (en particulier celle les personnes hautement gênées) est corrélée à l’augmentation significative des risques relatifs pour de nombreuses pathologies, au delà des « end-points » classiquement inclus comme attribuables au bruit (symptômes respiratoires, musculo-squelettiques et cardiovasculaires, dépression). L’étude qui se base sur des données collectées dans 6 villes européennes a permis d’ajuster les résultats par rapport aux principaux facteurs de confusion possibles (âge, statut socio-économique, comportements dangereux – consommation d’alcool et tabagisme – activité physique, indice de masse corporelle et de nombreux facteurs liés à la qualité du logement, y compris la satisfaction résidentielle). Une analyse différentielle a été conduite entre adultes, enfants et personnes âgées, montrant des associations différentes (risque particulièrement élevés pour des pathologies respiratoires chez les enfants, pour les attaques cardiaques et l’AVC chez les personnes âgées). Des résultats similaires ont été obtenus en posant la perturbation du sommeil comme facteur modificateur des risques de pathologies. Les auteurs notent que dans ce type d’étude épidémiologique seules les associations statistiques peuvent être révélées, les liens causaux nécessitant de disposer des données sur la plausibilité biologique des associations. Néanmoins, les auteurs considèrent que l’étendu et la qualité des données plaide en faveur d’une chaîne santé → gêne → morbidité, ainsi que d’un l’effet médiateur de la gêne et des troubles du sommeil sur des effets sanitaires que l’on pourrait qualifier de secondaires.

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