Des situations statiques aux situations de changement d’exposition

Jusqu’à présent nous avons traité la relation entre l’exposition et la gêne dans des contextes à l’équilibre, c’est-à-dire d’exposition constante, dans le but d’analyser la nature et l’impact des facteurs non-acoustiques sur la gêne perçue. De nombreux travaux dans la littérature ont tenté de tirer des conclusions à partir de situations de changement d’exposition : mise en place de mesure d’atténuation (construction de murs anti-bruit), ouverture de nouvelle piste aéroportuaire, voire déplacement d’un aéroport. Le constat général qui est fait est que la gêne évaluée par des enquêtes de type avant-après montre des déviations par rapport à ce qui serait prédit par les courbes d’exposition-réponse. En d’autres termes, la réduction de l’exposition est associée à une diminution de la gêne exprimée qui peut aller au delà de celle prévue par la courbe exposition-réponse et pour le nouveau niveau de bruit observé. A l’inverse, en cas d’augmentation de l’exposition, la gêne ressentie est supérieur à celle attendue selon le nouveau niveau de bruit atteint. Bien sûr, il existe aussi des exceptions à cette règle générale qui correspond à la majorité des études, comme le note Brown et Van Kamp dans leur récente synthèse sur le sujet en 2009.

Plusieurs facteurs modificateurs peuvent expliquer ces déviations par rapport aux courbes exposition-réponse. Les différentes hypothèses envisagées par Brown et Van Kamp sont rassemblées sur le tableau ci-contre, avec la conclusion synthétique des auteurs concernant leur validation par les résultats empiriques existants. Il convient ici de préciser que certaines hypothèses font appel à des notions équivoques. C’est le cas de tout ce qui concerne l’habituation, l’adaptation ou le fait de faire face. Nous reprenons donc dans l’encadré ci-contre les définitions qu’il faut retenir, dont la précision est importante pour l’appréciation et l’interprétation des résultats présentés ici.

En définitive, Brown et Van Kamp ne retiennent que quatre des onzes hypothèses évoquées dans leur synthèse (indiquées en jaune dans le tableau). Ceci n’exclue pas définitivement les autres facteurs ou des situations faisant appel à des combinaisons de mécanismes. D’autres travaux portent aussi sur le sujet en évoquant l’importance des facteurs non-acoustiques pour comprendre l’évolution à la hausse de la gêne spécifiquement induite par le bruit des avions, observée dans différentes études récentes. En clair, dans une perspective d’aide à la décision, la compréhension des mécanismes qui participent à la modulation de la gêne exprimée reste critique pour contribuer à l’évolution de la réglementation ou toute autre initiative pour gérer les risques liés au bruit, y compris à l’échelle locale.

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