Un focus sur les courbes exposition-réponse liée au bruit et les choix réglementaires afférents

Une première tentative par Schultz en 1978 consistait en l’application d’une fonction « arbitraire » dans une tentative d’ajustement d’une courbe aux données issues de multiples enquêtes sur les nuisances sonores, une pratique courante en épidémiologie. Cette courbe était censé représenter le degré de gêne exprimé par une communauté (les riverains) pour un niveau d’exposition sonore donné. La publication de Schultz a suscité beaucoup de critiques, mais elle a aussi apporté une approche mieux systématisée par rapport aux tentatives précédentes. Avec quelques affinements théoriques sur le type de fonction, elle a été notamment adoptée aux Etats-Unis. Des travaux similaires ont été à la base de l’élaboration de la directive européenne END de 2002. Ils ont suivis la même approche pragmatique. Le dernier rapport de l’OMS sur le fardeau global de maladies attribuées au bruit adopte une démarche similaire, toutefois son but était différent. Il s’agit d’appliquer la méthodologie de calcul pour obtenir des estimations quantitatives du fardeau en maladies, séparément pour les différents effets reconnus du bruit, en unités comparables, c’est-à-dire en DALYs. Les choix d’ajustement des courbes diffèrent en fonction des effets considérés. Ainsi, un polynôme du 3ème degré représente la courbe pour les maladies ischémiques du cœur, alors qu’une extrapolation linéaire est appliquée aux données sur les troubles de l’apprentissage des enfants. La courbe ajustée aux données des enquêtes socio-acoustiques est également un polynôme du 3ème degré (cf la figure synthétique ci-contre). Dans la section sur la gêne, les auteurs évoquent les limitations et incertitudes liées aux méthodes de calcul utilisées. Ceci vaut pour la compilation de données qui montrent une grande dispersion à l’intérieur de chaque étude (variabilité individuelle), mais aussi d’une étude à l’autre. Ainsi, la valeur prédictive de la fraction de population gênée pour un niveau de bruit donné reste plutôt faible. Ceci constitue une limitation à l’usage des courbes à l’échelon local.

Notons, que lors des travaux préparatoires à la directive 2002/49/CE du 25 juin 2002, le sujet a été largement commenté. Les auteurs reconnaissent que la grande variabilité observée dans chaque étude, ainsi que celle entre les études ne peuvent apporter une prévision correcte à l’échelle locale. Cependant, les incertitudes associées aux données compilées, qui peuvent être représentées sous forme d’intervalle de confiance autour de la courbe, montrent une dispersion acceptable comparée à celle des études prises une par une. La principale innovation a été de traiter les données relatives aux principales sources de bruit séparément (avions, infrastructures routières et ferroviaires), En d’autres termes, l’obtention d’une courbe à partir de données compilées permet de se faire une idée pas trop imprécise du pourcentage de personnes qui se déclarent être fortement gênés par le bruit ambiant, en moyenne. Mais, les valeurs qui découlent de cette analyse ne peuvent pas toujours être opposées à une situation locale, par exemple dans le voisinage d’infrastructures « bruyantes ».

Avant de développer l’argumentation des opposants à la courbe exposition-réponse synthétique, essayons de voir le cadre de l’application des décisions réglementaires sur le bruit et ses conséquences. La gestion du bruit autour des infrastructures concerne avant tout les décisions en matière d’aménagement et d’urbanisme. La cartographie des niveaux sonores (modélisés dans ce cas précis) permet d’asseoir des décisions de réalisation ou non d’infrastructures et des mesures compensatoires à mettre en œuvre. Un indicateur du niveau sonore unique est nécessaire, ainsi qu’une estimation de la réaction de la population. C’est le sens de la réglementation aux Etats-Unis et des choix afférents qui visent à établir le niveau d’acceptabilité du bruit par les populations (sur la base du % se déclarant hautement gênés) pour définir des niveaux préconisés pour l’aménagement (land-use compatibility). Il y a donc une ressemblance partielle avec l’élaboration des Plans d’exposition au bruit de la réglementation française et ses conséquences générales sur l’urbanisme qui se base sur les seuls niveaux sonores. Bien sûr, dans le cas de la directive de 2002 la situation est différente, car le texte comporte aussi des obligations de type curatif, c’est-à-dire de traitement des points noirs existants, identifiés sur les cartes stratégiques du bruit, par l’adoption de Plans d’actions.

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