Sensibilité et gêne, des concepts toujours en discussion

Pour Job, la sensibilité n’est pas forcément exclusivement liée au bruit, elle peut être étendue à d’autres stimulations sensorielles. Plusieurs auteurs ont conclu que les individus sensibles au bruit sont plus sensibles et plus gênés par d’autres aspects de l’environnement, la pollution atmosphérique. Ils ont aussi une disposition à l’affect négatif, ils ont le sentiment d’être victime de leur environnement plutôt que d’en avoir la maîtrise ; ils jugerait leur état de santé moins bon. Ce seraient des individus avec une propension à se plaindre et à être globalement insatisfaits. Cette tendance à la négativité se combinerait avec une perception de menace et de manque de contrôle par rapport au bruit. Weinstein nuance en suggérant que les individus sensibles ne sont pas plus négatifs ni plus enclins à se plaindre, mais qu’ils sont plus discriminants, plus conscients des effets nocifs de l’environnement.

Ces considérations ont amené certains auteurs à se demander si la sensibilité ne peut pas être considérée comme un trait de personnalité. D’après Weinstein, les individus les plus sensibles ont aussi besoin de plus d’intimité, sont moins à l’aise socialement. Le bruit peut avoir des effets plus importants sur des personnes déjà plus faibles (physiquement ou psychiquement) ou avec des capacités d’adaptation ou à faire face moindre. Si on considère que les personnes sensibles perçoivent le bruit de façon plus menaçante, ont la perception d’un manque de contrôle et des dispositions à l’affect négatif, se pose alors la question d’un éventuel lien entre sensibilité et santé mentale (voir encore la page sur le sujet).

La relation qui lie sensibilité et gêne a été analysée en profondeur, aboutissant à la conclusion que les données disponibles plaident en faveur de la sensibilité qui influence la gêne, plutôt que l’inverse ou une troisième variable (de confusion) liée à la fois à la sensibilité et la gêne qui expliquerait la corrélation observée.
Dans les premières enquêtes autour d’Heathrow, les personnes se déclarant les plus gênées présentent aussi le plus de symptômes psychiatriques, mais sans lien avec le niveau de bruit mesuré. Ceci révèle un paradoxe : la gêne serait liée au niveau d’exposition, les personnes les plus gênées montrent le plus de symptômes aigus et chroniques, alors pourquoi il n’y a pas beaucoup plus de personnes gênées dans des zones de plus forte exposition ? C’est ce qui a conduit Tarnopolsky à émettre l’hypothèse du tri selon la vulnérabilité ; le bruit n’est pas directement pathogénique, mais impose la sélection des résidents selon leur sensibilité au bruit. (les sujets les plus sensibles ne restent pas dans les zones les plus fortement exposées au bruit). Les conclusions également proposées au sujet de la corrélation absente ou faiblement négative entre sensibilité et exposition, apportent un argument en faveur de cette hypothèse de sélection par la vulnérabilité.

Outre les différences linguistiques et culturelles entre les études (voir aussi : En matière de réaction face au bruit les mots (...), on peut se poser la question de savoir si ces différentes enquêtes par questionnaire évaluent bien toutes la même chose, d’où découle une interrogation sur la validité des comparaisons des résultats d’études ayant utilisé des méthodes d’évaluation différentes. Des méthodes de conversion ont été développées afin de s’affranchir des différences d’échelles dans les choix de réponse proposés, mais elle peuvent déformer certains résultats.

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