l’économie « classique » : des principes de la mécanique au primat du marché pour réguler le système

Après s’être émancipée de la religion – ou plus exactement du divin, l’économique a cherché à se soustraire au politique, puis à la morale. L’indépendance par rapport au politique a trouvé ses fondements dans les travaux de Locke, qui, comme l’explique Dumont [1], a substitué « la primauté de la relation de l’homme aux choses [...] à la primauté des relations entre hommes ». L’insoumission à la morale a pu se faire à la suite de la Fable des abeilles de Mandeville, pour qui l’individu n’avait pas définir son comportement par rapport à la société mais seulement par rapport à son propre intérêt.

L’économique est véritablement devenue autonome avec Smith, qui, grâce à la « main invisible », métaphore désignant le marché, a doté l’économique d’un « ordre naturel » spécifique, détaché de ses dépendances antérieures vis-à-vis du divin, du politique et, surtout, de la nature (on pourrait dire ici que la « nature » dont parle Smith se rattache à la notion moderne d’environnement, c’est-à-dire tout ce qui nous entoure ; son « ordre naturel » est issu des lois de la mécanique d’inspiration newtonienne, qui sont à l’origine des modifications de cet environnement). Cette métaphore a permis à Smith et à ses successeurs d’isoler une série de principes fondamentaux régulant le comportement économique, de la même façon que la physique newtonienne avait fourni une série de principes expliquant le mouvement des planètes. Ces principes fondamentaux sont peu à peu devenus des hypothèses, implicites mais sans jamais être remises en cause, expliquant de façon ultime le fonctionnement ou le dysfonctionnement de l’ensemble du système économique (Underwood et King) [2].

Toutefois, si les classiques établissent une distinction entre ce qui appartient à la nature et ce qui revient à l’économique, biosphère et sphère économique ne sont pas pour autant indépendantes. En effet, la première alimente la seconde, au sein de leur théorie de la production. Toutefois, par rapport à des visions « naturicistes », le retournement est total. Alors que, chez les physiocrates, l’économique devait se soumettre aux lois de l’univers, avec les néoclassiques, « l’économie va se replier sur elle-même et chercher à définir ses propres lois sans se préoccuper de celles de l’univers environnant, tant il va de soi que ses lois sont identiques » (Passet) [3]. L’économique est devenue unidimensionnelle et sa démarche totalement réductionniste. Cette fois, les régulations naturelles ont perdu leur autonomie et même leur existence. Le marché apparaît alors non seulement comme le mécanisme de régulation économique, mais aussi comme le mécanisme de régulation sociale et bientôt comme le mécanisme de régulation de la nature. Il ne s’agit pas de l’accession de la société à la dimension économique, mais plutôt de la réduction de la totalité de la société, et même de la nature, à l’économique.

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Notes

[1DUMONT L., 1977, Homo iEqualis, Gallimard, Paris, p. 82.

[2UNDERWOODD.A., KING P.G., 1989, « On the Ideological Foundations of Environmental Policy », Ecological
Economics, J, (4),315-334.

[3PASSET R., 1979, L’Économique et le vivant, Petite Bibliothèque Payot, Paris.

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