Une tendance à l’allongement des chaînes d’interdépendances

Si nous considérons les différentes civilisations comme des processus développementaux et morphogénétiques, avec l’allongement et la complexification des chaînes d’interdépendances, nous avons insisté sur le fait que celles-ci ne sont pas éternelles. L’Athènes antique, en tant que Cité-Etat, a duré plus ou moins trois siècles. Rome, entre la République et l’Empire a subsisté environ 5-6 siècles [1], dont, tout au plus, 4 en apogée.
Pour comprendre la suite, nous introduirons encore un principe, plutôt intuitif, celui de sociétés agonistiques (nous pourrions dire sous tension), se livrant à une compétition, au travers de guerres et conquêtes, qui ont ponctué l’histoire, jusqu’en des temps plus récents. Dans le contexte de ce réseau de forces, ce n’est pas que l’attaque est la meilleure défense, il n’y a pas beaucoup d’alternatives. Comme nous le verrons aussi dans la suite, à propos des unités médiévales, on peut parler d’une tendance à la monopolisation, du pouvoir et des ressources, sur des territoires de plus en plus grands, comme mécanisme général.
Comment dès lors en retrouver les facteurs limitatifs, des seuils au delà desquels l’expansion n’est plus possible ? Athènes disposait d’un territoire central relativement limité, mais contrôlait aussi des colonies, plus ou moins lointaines, grâce à sa flotte puissante (un exemple de figuration). En comparaison, le territoire contrôlé par Rome, bien plus vaste et en contiguïté, couvrait une bonne partie de l’Europe, l’Asie mineure, le proche Orient, et une partie du nord de l’Afrique. Il a fallu développer une puissance militaire et un art de l’administration, avec des impératifs de décentralisation, car les moyens de déplacement étaient limités, bien que les romains aient construit le premier réseau de voies de circulation pour les accélérer et ceci a aussi contribué à sa puissance (voir aussi : Des cas d’empires éphémères comme contre (...)).
Comment Rome maintenait son pouvoir militaire et son administration ? Un exemple est fourni par l’exploitation des mines d’argent sur son territoire. L’extraction permettait de frapper la monnaie pour couvrir les dépenses, autant que nécessaire [2]. L’activité extractive, concentrée au nord de la péninsule ibérique, p. ex. entre les deuxième et premier siècles AC, suivait la succession de périodes de guerre et de paix. Son intensité a produit des traces dans l’environnement, car le minerai de base, la galénite, est composé d’argent et de plomb, la fonte à haute température libérant des vapeurs de plomb, transportées par la circulation atmosphérique jusqu’aux glaces du Groenland. Ainsi, il est possible de suivre les cycles, avec l’extraction à son maximum pendant les périodes de paix et des interruptions pendant les périodes de conflit, en suivant les étages des carottes glaciaires. L’impact des guerres puniques (entre Rome et Carthage) est parfaitement repérable sur les carottes, de même que l’effondrement de l’activité extractive, vers la fin du deuxième siècle AD, signe que l’empire romain était en déclin.

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Notes

[1Nous aurions pu partir de la date de sa création mythique, au 8ème siècle AC, mais je fais le choix de prendre comme date de départ le 3ème siècle AC, à partir duquel Rome domine la péninsule italique et conquiert les cités grecques

[2Le processus, à l’époque, n’était limité que par la capacité à mobiliser une main d’œuvre dédiée et les moyens techniques ; la monnaie servait à « rémunérer » les activités non productives, le troc en nature étant la modalité économique majeure, la monnaie ne servant qu’à faciliter les échanges et non représentant un capital à investir

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