L’Economie contre la Société

La difficile question des inégalités, des origines à nos jours

Sommes-nous tous égaux et en quoi ? Posée de cette manière large, la question n’a pas beaucoup de sens. Nous naissons avec des patrimoines génétiques différents et nous acquérons des aptitudes, nous tirons bénéfices des circonstances, pour réaliser des projets ou poursuivre des finalités diverses. Pour parler du sujet des inégalités, au premier plan des préoccupations sociales contemporaines, il nous faut les préciser. Il s’agit ici de ce qui était l’objet des monopoles, c’est-à-dire les chances sociales. Si notre fonctionnement social est vu comme le fait de prendre part à un jeu social, c’est la probabilité d’en tirer des bénéfices satisfaisants et équitables qui compte. Alors comment se fait-il que bien des travaux démontrent qu’une part de plus en plus grande des richesses se concentre dans les mains d’un nombre de plus en plus petit de personnes [1] ? Serait-ce le résultat d’un processus de monopolisation des chances et où nous mène-t-il ?
Laissons cette question en suspens pour aborder un autre aspect. Connaissons nous des sociétés plus ou moins égalitaires, dans le passé ou le présent, comment les comparer et quelle a été leur évolution ? Le coefficient de Gini est un indicateur intéressant et qui prend des valeurs entre 0, exprimant l’égalité parfaite (les ressources sont réparties de manière égale) et 1, l’inégalité absolue (les ressources sont dans les mains d’un seul). Classiquement, c’est les données des revenus qui sont utilisées pour le calcul du coefficient de Gini. Ceci est un choix, basé sur le fait que la doxa dominante considère que l’accès au revenu est à la base de la réussite sociale. Quid alors du passé ? Vous aurez l’occasion d’analyser des articles qui ont exploré cette question. Des recherches pour choisir le bon critère à appliquer à des sociétés anciennes, y compris disparues (sous forme de ruines), ont porté sur les offrandes dans les tombes, la transmission (et donc l’accumulation inter générationnelle) d’éléments matériels ou immatériels, puis la taille des habitations, la comparaison, révélant d’étonnantes régularités, jusqu’à nos jours [2].
Ce qui nous intéressera portera sur toute régularité entre type de société (p.ex. de chasseurs-cueilleurs vs sociétés sédentaires), la relation avec la complexification croissante des chaines d’interdépendances et de possibles influences culturelles, par analogie aux différences observées aujourd’hui, parfois marquées entre pays et qui montrent des écarts, entre une société très inégalitaire, comme les USA et d’autres bien plus égalitaires, comme les pays scandinaves, Suède ou Danemark. J’ajouterais que, au moins pour la situation actuelle, les inégalités sociales s’expriment aussi sur le plan de la santé. Est-il normal qu’en France les inactifs présentent une espérance de vie de plus de 10 ans inférieure à celle des cadres ? Que penser de l’incidence de l’obésité, 2,5 fois supérieure pour les enfants de famille ouvrière, par rapport à ceux des cadres ? Aucun de ces constats ne pouvant être naturel, il nous faut trouver ces forces sociales qui agissent dans le sens de la reproduction, voire de l’aggravation des inégalités, sur tous les plans. En somme, est-ce-que les inégalités représentent une pathologie sociale qu’il faut traiter ? Sont-elles compatibles avec un virage vers la soutenabilité et la résilience ? Posent-elles un défi pour la transition ?

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Notes

[1Lisez par exemple les rapports annuels d’Oxfam ou les travaux du groupe animé par Thomas Piquetty

[2Nous y reviendrons en TD

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