L’Economie contre la Société

La division du travail, une approche sans cesse réactivée, jusqu’à nos jours

Si nous gardons la notion de division du travail, basée sur la seule force brute de ceux qui y sont impliqués, nous pourrions reprendre l’examen dans le sens du progrès, du développement humain. Les nouvelles unités de production de l’ère industrielle (ce que l’on appellera les fabriques, ou les manufactures), avaient de grands besoins en mains d’œuvre, une force de travail indifférenciée. Ceux qui avant survivaient par le travail de la terre (des ouvriers agricoles) et qui discernaient, dans le fruit de leur travail, leur propre contribution, se retrouvent dans des unités de production où il ne sont qu’un rouage impersonnel et ne peuvent vraiment reconnaître, dans le produit fini, leur part propre. Nous sommes loin de toute conception d’émancipation par le travail. D’ailleurs, la mécanisation et, plus tard, la robotisation, ont été défendues comme des progrès, du fait de l’affranchissement des humains de toute une série de tâches pénibles, non sans créer aussi des problèmes et notamment du chômage.
Pouvons-nous parler de progrès, dans tout ce qui va suivre et en particulier le XXème siècle ? Si l’on se réfère à Marx et l’aliénation dont il parle tout au long de son œuvre (voir aussi Aliénation et réification, plus que des (...), plus tard au fordisme [1] et au taylorisme, on peut en douter [2]. La condition de l’ouvrier restera largement celle de l’Animal laborans, alors que le travail, devenu commodité [3], se soumet aux lois du Marché, l’offre et la demande. Les différentes approches basées sur la réduction des coûts de la production vont emprunter des voies que nous connaissons fort bien : d’abord la recherche de main d’œuvre pas chère, en faisant venir des immigrés pour faire tourner les usines et, plus tard, la délocalisation vers des pays à bas salaire.
Ce qui semble surtout malheureux est que, même dans les nouvelles unités économiques que sont les entreprises, y compris celles du secteur tertiaire, des méthodes de management, basées sur la seule idéologie du profit, tendent à confiner leurs employés au statut d’Animal laborans. Bien sûr, il ne faut pas généraliser et des exemples existent d’approches qui accordent une place à l’initiative personnelle, une capacité à retrouver cette contribution de chacun à l’effort collectif, qui fait sens ou peut donner du sens à la vie professionnelle, une fierté qui ouvre à la réalisation de sa vie, par delà les conceptions utilitaristes. Cependant, ceci reste, préférentiellement, le propre des couches supérieures de la société, des cadres plus que des ouvriers ou des métiers non-spécialisés, ce qui devrait nous faire réfléchir aux mécanismes qui produisent des inégalités, ceux qui les maintiennent, en plus des idéologies pour les justifier et, finalement, les réactions, en retour, des laissés-pour-compte. Une réflexion sur la pauvreté [4], nous montrerait à quel point la nouvelle économie, en imposant la rareté comme formatrice du prix, dépossède des pans entiers de la population de l’accès à certaines commodités, rares donc prisées. Nous pourrions parler, avec Marchall Sahlins, de pauvreté fabriquée [5].

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Notes

[1Bien qu’il faille reconnaître que M. Ford voulait faire bénéficier ses ouvriers des gains de productivité

[2Finalement, l’humain se soumet à la productivité sans cesse croissante, qui ne pourrait que lui bénéficier !

[3Notons que, depuis la fin du XVIIIème siècle, c’était aussi le cas de la terre, pour laquelle un marché a été constitué

[4La notion même de « pauvre » est récente, elle date du XVIème siècle en Angleterre et est à la base de législations successives, ou Poor Laws

[5Une manipulation d’un sentiment naturel, le désir et sûrement pas l’exercice de sa capacité à maximiser son utilité

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