Le monopole des chances sociales commence par une concurrence libre

Dans le champ des SHS il est rarement question de lois universelles. Cette tendance à la constitution des monopoles, portant sur les chances sociales et mettant en concurrence des unités sociales [1] peut néanmoins être qualifié de régularité ou de règle (elle s’observe dans différents contextes, jusqu’à nos jours), sans pour autant atteindre le statut de loi universelle, comme dans les sciences physiques.
Au départ, en prenant exemple sur le Moyen Age, il y a de multiples unités sociales, dont aucune ne se distingue des autres de par sa puissance militaire ou son potentiel économique. Dès lors qu’il y a un petit excédent de rivaux, luttant pour des chances sociales qui ne sont pas infinies, la compétition s’installe. Elle sera qualifiée de libre, dans le sens où aucun des concurrents de départ ne dispose d’avantages significatifs, lui conférant, par exemple, la possibilité d’agir sur les règles même de la concurrence, en faussant son issue. Mais, dans le jeu social certains seront gagnants et vont augmenter leur « capital » de chances sociales, reléguant les perdants à la dépendance, la déchéance sociale, la captivité, en tout cas une perte relative de l’indépendance sociale. Il n’y a pas de place pour la passivité, il faut continuer la lutte pour exister dans le champ de la « concurrence libre ».
Notons que cette concurrence conduit à la concentration des chances sociales dans des mains de quelques uns, dont le pouvoir tendra à en organiser la répartition et, sans doutes, en leur faveur. Mais, la société n’est pas une entité figée, elle évolue. Au début de la période d’intérêt, disposer de ressources signifiait posséder des terres et l’économie était largement basée sur du troc. Des réformes sociales auront lieu, des gens libres, ne disposant pas de terres, accepteront les tenures, le statut d’esclave, considéré insuffisamment productif, est remplacé par le servage (des nouvelles formes d’interdépendances, au sein des unités de production). Et puis, la spécialisation/différenciation accorde une place à de nouveaux acteurs, dont les fonctions créent aussi de nouvelles interdépendances, qui généreront des besoins de régulation. Les conditions de la concurrence libre en seront modifiées. Plus tard, la monétarisation progressive de l’économie entrainera d’autres évolutions, ne serait-ce que l’émergence d’une nouvelle classe sociale, essentiellement citadine, les bourgeois.
Faisons encore un bond dans le temps, pour faire une analogie avec la révolution industrielle, qui a dû connaître une phase de concurrence libre, de la même façon que les idéologues modernes en soutiennent encore le modèle, alors que nous savons à quel point des lois et règlements seront (et sont toujours) nécessaires pour éviter la constitution des monopoles, les trusts et autres formes de concentrations considérées comme à éviter, car faussant cette concurrence libre. De même, reconnaissons que la constitution d’acteurs économiques globaux (la globalisation est-elle une transition ?), échappe déjà au contrôle des pouvoirs centraux que sont encore aujourd’hui les Etats-Nations [2], avec de lourdes conséquences politiques et sociales.

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Notes

[1Leur nature ne cessera de se modifiée

[2l’exemple des Google, Amazon, Facebook, Apple, qui échappent à toute tentative de contrôle fiscal, nous le rappelle avec force

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